Nice: Après l'attentat de Berlin, le traumatisme est ravivé chez les Niçois

ATTENTAT «C’est la peur fondamentale qui traverse sourdement les Français actuellement. Ça les empêche d’être tranquilles et de sourire», estime un psychiatre... 

Mathilde Frénois

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La maison d'accueil des victimes de Nice prend en charge les familles endeuillées et ceux qui recherchent des proches.
La maison d'accueil des victimes de Nice prend en charge les familles endeuillées et ceux qui recherchent des proches. — VALERY HACHE / AFP

Nice tentait de tourner la page du 14 juillet. Cinq mois après l’attentat, le traumatisme s’apaisait. En douceur. Mais l’attaque au camion du marché de Noël de Berlin est venue raviver la douleur.

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« C’est un retour en arrière, estime Patrick Amoyel, psychiatre niçois et membre de l’association Entr’Autres. Ils ont visé le marché de Noël, avec une réplique du camion du 14 juillet. Maintenant, les poids lourds ça va être la trouille. Pareil pour les marchés de Noël, les églises, les fêtes en général et les fêtes traditionnelles en particulier. »

Réorientation des victimes

A Nice, une maison d'aide aux victimes a accueilli 1.500 personnes dans les dix jours qui ont suivi l’attentat de Nice. D’autres continuent à se présenter. « On en suit encore une dizaine. Nous allons aussi en accueillir après ce qui s’est passé à Berlin même s’il est trop tôt pour tirer des conclusions », estime Catherine Chavepeyre, conseillère municipale subdéléguée à l’aide aux victimes.

Cette unité a pour vocation un accueil et une réorientation des victimes grâce à la présence de policiers, de deux psychologues, de juristes, d’assistantes sociales, d’avocats et la mise en place d’ateliers de sophrologie et de groupes de parole.

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« Cela peut marquer un arrêt dans le travail psychothérapeutique »

L’enchaînement des différents attentats multiplient les peurs. « Au niveau des victimes, elles peuvent se dire : "Ça y est, ça recommence, on ne va plus au marché de Noël, ni dans le tram, ni dans des endroits où il y a des regroupements de personnes ou des attroupements", par peur que quelque chose se passe », explique Amélie Boukhobza, également psychiatre à Entr’Autres.

La plupart des victimes niçoises suivait des séances pour évacuer le traumatisme. « Ils ont appris à continuer à vivre et à retourner dans des lieux où il y avait de la foule, explique-t-elle. L’événement à Berlin, ça peut marquer un arrêt dans le travail psychothérapeutique fait depuis l’attentat de Nice. »

« Ça les empêche de sourire »

Et ce retour du traumatisme ne se limiterait pas aux victimes du 14 juillet et aux Niçois.

« C’est la trouille, affirme Patrick Amoyel. Depuis cet été, je me rends sur le terrain, je rencontre des tas de gens de tous les milieux, à Nice mais aussi dans le reste de la France à Cherbourg, à Perpignan, à Paris, ils ne nous parlent que de la crainte de nouveaux attentats. C’est la peur fondamentale qui traverse sourdement les Français actuellement. Ça les empêche d’être tranquilles et de sourire. »