«Un tsunami qui bouleverse tout»... Parler pour faire passer la douleur après l'attentat de Nice

ATTENTAT Près de cinq mois après le drame, des victimes se retrouvent et s’expriment dans des groupes de parole…

Fabien Binacchi
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La première séance s’est tenue la semaine dernière dans un hôtel niçois
La première séance s’est tenue la semaine dernière dans un hôtel niçois — F. Binacchi / ANP :/ 20 Minutes

« J’avais l’impression de me noyer. On me sort enfin la tête de l’eau. » Face à d’autres victimes, Frédéric verse une larme, sanglote parfois, mais surtout il raconte. Il parvient (enfin) à mettre des mots sur cette soirée du 14 juillet. Sur le drame. Et sur ce qu’il traverse depuis.

« Arriver à exprimer tout ça, c’est une grande victoire », explique ce Niçois de 48 ans. Comme six autres « impliqués » avec lui, il participait toute la semaine dernière au premier « stage thérapeutique de reconstruction » après l’attentat de Nice.

Des groupes de parole et des ateliers organisés dans les salons d’un hôtel par l’Association française des victimes de terrorisme (AFVT) et financés par le département des Alpes-Maritimes.

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Cauchemars et terreurs

Ce soir-là, sur la promenade des Anglais, Frédéric était touché à la jambe. Comme son fils, il échappait de peu à la mort. Aujourd’hui, près de cinq mois après, il se déplace toujours avec des béquilles. Mais c’est surtout dans sa tête que la souffrance est immense.

« Je pensais être assez fort pour m’en sortir tout seul, explique-t-il. Mais on se replie sur soi avec ses cauchemars et ses terreurs. » Les images des corps meurtris le hantent. Et parler semble être la clé.

« Ces drames sont des tsunamis qui bouleversent tout, relève le psychologue Dominique Szepielak, responsable de ces “stages”. Ces gens traumatisés présentent souvent un trouble de la dissociation qui peut aller jusqu’à les empêcher de faire certaines choses de la vie quotidienne. Le travail en groupe, permet de les reconnecter avec ce quotidien. »

Près de 70 victimes vont participer

En fin de semaine, Frédéric a fait un grand pas. Il s’est remis au volant et a pu emprunter la Prom’. « J’ai vu un camion blanc et j’ai failli vomir. Mais je me suis concentré sur la route et j’ai réussi. » Pas à pas, il avance.

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Les psychologues reviendront à huit autres reprises à Nice pour prendre en charge, au total, 70 victimes de l’attentat du 14 juillet. « Deux autres sessions seront consacrées aux adultes, trois vont être réservées à des adolescents et trois seront dédiées à des enfants de 7 à 12 ans », explique Soukaïna Brahma, chargée du projet au sein de l’AFVT.

C’est la cinquième fois, depuis la création de ces groupes de parole en 2014, que l’association les met en place.