Cannes: L'agent municipal qui partageait des «tutos» pour fabriquer des bombes condamné à six mois de prison ferme

JUSTICE Une vidéo montrait notamment comment transformer un téléphone en détonateur…

Fabien Binacchi
— 
Illustration Facebook
Illustration Facebook — MATHIEU PATTIER/SIPA

Les « inquiétantes publications » de Djilali O. sur Facebook lui ont finalement valu douze mois de prison, dont six avec sursis. Cet ancien saisonnier de la ville de Cannes, qui avait notamment partagé sur le réseau social une vidéo montrant comment faire d’un téléphone en détonateur, a été condamné ce lundi par le tribunal correctionnel de Grasse. L'homme, âgé de 40 ans, a été maintenu en détention.

C’est un signalement de la ville de Cannes, par le biais de sa « veille numérique » le 22 septembre dernier, qui avait poussé le parquet de Grasse à s’intéresser aux différents profils Facebook de Djilali O. Employé par la cité des festivals comme agent d’entretien saisonnier, l’homme partage des « photos et vidéos préoccupantes » sur le réseau social.

« Vous semblez vous intéresser au C4, un explosif »

« Vous vous prenez en photo avec une arme, vous publiez des vidéos qui nous explique comment transformer un téléphone en détonateur et vous semblez vous intéresser au C4, un explosif », a détaillé le président du tribunal correctionnel de Grasse, Marc Joando.

De nationalité algérienne et titulaire d’un titre de séjour, le prévenu, déjà condamné pour des faits de destruction et recel, possède deux comptes personnels à son nom et administre une autre page enregistrée comme « organisation politique ».

L’homme était finalement interpellé le 4 octobre dernier et placé en détention, poursuivi pour « diffusion, par réseau de communications électroniques, de procédés permettant la fabrication d’engins de destruction ».

« Un tempérament dépressif », voire suicidaire

Une main courante, déposée par une employée de l’agence d’intérim dans laquelle le prévenu était inscrit, alerte également les enquêteurs. La salariée évoque un « changement de comportement » et « un tempérament dépressif », voire suicidaire. Elle relate notamment un emportement de Djilali O. pendant lequel il aurait déclaré « le jour où je partirai, ça fera des dégâts et je ne partirai pas seul ».

« Je ne sais pas pourquoi elle dit ça, s’est-il défendu. Pour le reste, c’est juste des vidéos que j’ai vues sur Youtube et que j’ai partagées. C’est idiot de ma part, surtout à cette période. Mais je n’ai jamais été religieux et je n’ai aucun lien avec le terrorisme ». Les enquêteurs, qui ont vérifié le téléphone et l’ordinateur de Djilali O., n’ont en effet trouvé rien « de très préoccupant », note encore le président Marc Joando.

Un « encouragement au passage à l’acte »

« Mais alors pourquoi poster ces vidéos, interroge la procureur de la république. Aujourd’hui, il ne nous livre aucune explication. » « Le problème, c’est que ces publications sont inquiétantes, voire particulièrement dangereuses. Elles peuvent être interprétées comme un encouragement au passage à l’acte et à mener des actes terroristes », note l’avocate générale dans son réquisitoire.

Elle a réclamé à l’encontre de l’agent d’entretien 18 mois de prison, donc douze avec sursis. Le tribunal a décidé d’une peine moins importante mais a suivi ses autres réquisitions. Djilali O. écope également d’une obligation de soins et de l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans.

>> A lire aussi : Pourquoi c'est une bonne nouvelle que les djihadistes utilisent Telegram