A Vintimille, les migrants ne sont pas «faits pour cette vie-là»

MIGRANTS Les associations alertent pour que «Vintimille ne devienne pas un autre Calais»... 

Mathilde Frénois

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Lisette, Congolaise coincée à Vintimille, a peur pour l'avenir de ses enfants.
Lisette, Congolaise coincée à Vintimille, a peur pour l'avenir de ses enfants. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes

Lisette, Israël et leurs cinq enfants sont sur la route depuis neuf ans. Ils ont d’abord quitté le Congo en 2007. Puis ils sont passés du Tchad en Libye, de Libye en Italie. Après une décennie passée sur les sentiers du monde, entre Afrique et Europe, une barrière s’est abaissée sur leur chemin : ils sont bloqués à la frontière italo-française depuis trois semaines.

« On loge à l’église Sant’Antonio de Vintimille, explique Israël, 47 ans. C’est très difficile parce que les enfants ne vont pas à l’école, parce qu’on est bloqués ici. » Lisette poursuit : « Ces conditions sont pitoyables. On est entre la vie et la mort. On n’est pas fait pour cette vie-là. »

« Le respect des droits fondamentaux »

« Cette vie-là », Médecins du Monde la dénonce. L’organisation a convoqué la presse lundi « pour que Vintimille ne devienne pas un autre Calais ». Depuis deux mois, les associations ne peuvent plus y effectuer de soins ni distribuer à de la nourriture, le maire de la ville ayant pris un arrêté municipal et la Croix rouge italienne assurant le relais dans un autre endroit à cinq kilomètres de la ville.

« Nous demandons un accès au système de santé national, une protection des mineurs, un respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine, énumère la présidente de Médecin du monde Françoise Sivignon avant de poursuivre : Nous demandons au maire de Vintimille d’aider les associations et aux autorités françaises d’ouvrir la frontière. »

« Quel avenir allons-nous donner à nos enfants ? »

La famille a déjà tenté de passer en France. Mais, dans le train, à la gare de Menton Garavan, Lisette, Israël et leurs enfants ont été débarqués par la police qui les a reconduits en Italie. « On retentera jusqu’à ce qu’on y arrive, insiste Israël. Je n’ai pas peur de la police, on ne fait rien de mal. On veut juste passer en France pour aller en Allemagne. »

Israël, originaire du Congo, est coincé à Vintimille avec ses cinq enfants.
Israël, originaire du Congo, est coincé à Vintimille avec ses cinq enfants. - M. Frénois / ANP / 20 Minutes

Lisette est plus virulente. Le couple a perdu un enfant de dix ans lors de la traversée de la Méditerranée. Elle est lasse de ces années d’errance et souhaite un avenir meilleur pour ses enfants : « Ça fait mal de voir nos enfants dans ces conditions-là. Les miens ont 8 mois, un an et demi, trois, cinq et neuf ans. Quel avenir allons-nous leur donner ? Ils sont capables d’aller à l’école, d’apprendre un métier. Si on ne s’occupe pas d’eux, ils risquent de finir bandit ou brigands. »

« Inquiets de la situation sanitaire et des violences »

Un avenir. C’est ce dont rêve Lisette et Israël. Mais impossible pour eux de se projeter dans une vie future alors que leur unique objectif est le passage d’une frontière devenue infranchissable. « Nous sommes particulièrement inquiets de la situation sanitaire et des violences que subissent ces personnes lors de leurs tentatives de passage vers la France », prévient Françoise Sivignon.

Frontière ouverte ou pas, la famille prendra une nouvelle fois le train direction la France. « On ne peut plus retourner au Congo maintenant, notre futur est en Europe », rappelle Israël.