Nice: Pour le procureur, pas d'attentats déjoués mais «des projets de passage à l'acte»

INTERVIEW Il évoque plutôt « des cibles génériques » sans « sites précisément identifiés »… 

Mathilde Frénois

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Le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre
Le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Diffusée ce mercredi soir, une enquête de France 3 sur l’attaque de Nice évoque « cinq projets d’attentats déjoués sur la Côte d’Azur depuis le 14 juillet ». Des paroles qui sont prêtées au procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre. Des propos que « ne confirme que partiellement » le magistrat à 20 Minutes.

Des projets d’attentats ont-ils réellement été évoqués concernant la Côte d’Azur ?

Non. Ni déjoués, ni sur la Côte d’Azur. D’ailleurs je n’ai prononcé aucun de ces deux mots.

Mais alors, quels sont ces dossiers évoqués ?

Ce qui avait fait l’objet de ma déclaration, ce n’était pas du tout le fait qu’il y aurait eu cinq projets d’attentats sur la Côte d’Azur. C’est simplement que, sur les quelque 70 à 80 dossiers en relation avec le radicalisme violent qui ont été traités par le parquet de Nice depuis le 14 juillet dernier, il y en a quatre ou cinq qui commençaient à démontrer, dans la tête de certaines personnes, des projets plus précis de passages à l’acte.

Quelles étaient les cibles choisies ?

Justement, pas forcément des projets avec des cibles identifiées ou très précises. Mais plutôt des cibles génériques comme des stades, des manifestations sportives… Tout ce qu’on voit dans la littérature des sites Internet des terroristes actuellement.

Des procédures judiciaires ont-elles été lancées pour ces quatre ou cinq cas ?

Pour ces dossiers-là, la manière de les traiter est toujours la même dans toute la France. C’est-à-dire que l’on prend contact avec le parquet antiterroriste de Paris. Quand les éléments sont suffisamment prégnants, quand il y a une intention violente en relation avec un radicalisme, le parquet de Paris va reprendre l’enquête. C’est ce qui s’est passé pour quatre à cinq dossiers avec des gens qui ont dans la tête des choses plus ou moins précises.

L’attentat du 14 juillet a-t-il donné des idées à ces personnes ou bien vos services sont-ils plus vigilants à la radicalisation ?

Les dossiers qu’on a eus en compte ici étaient pour des comportements ou des faits qui étaient à la fois avant et après le 14 juillet.

Après le 14 juillet, on a eu à peu près le même phénomène que ce qui a pu être constaté à Paris après le drame de janvier et de novembre. Il y a eu toute une série de personnes plus ou moins influençables ou, du moins, avec des esprits faibles qui prononcent des mots insupportables et inadmissibles soit en famille soit sur la voie publique. Ça se traduit par des enquêtes en apologie du terrorisme.

Il y en a évidemment plus dans les jours qui ont suivi le 14 juillet à Nice qu’auparavant. Mais, par contre, des dossiers laissant apparaître des projets de radicalisation violente, je ne pense pas qu’il y en ait eu plus avant qu’après.

Vous évoquez entre 70 et 80 affaires liées au terrorisme ou à la radicalisation. Est-ce un chiffre exceptionnel ?

Non. Dans ces 70 à 80, tout est compris. C’est à la fois des apologies, des menaces dans la rue, des gens qui, par exemple, disent à quelqu’un que finalement « c’est pas plus mal ce qui s’est passé »…  La plupart de ces personnes ont été déjà jugées à Nice. Et parmi ces affaires, il y en a quatre ou cinq qui révèlent des gens qui, soit dans leur comportement, soit dans leurs déclarations, sont vraiment très préoccupantes quant à des projets qui sont autre chose qu’une simple vantardise. Des gens présentent des comportements ou des propos qui sont déjà des actes envisagés, mais de manière très générique, sans que ce soit sur un site précisément identifié.

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Plusieurs manifestations sportives ont été annulées à Nice (championnat d’Europe de cyclisme, triathlon) et d’autres sont menacées (marathon Nice-Cannes). Ces suppressions ont-elles un lien avec les affaires de terrorisme du parquet de Nice ?

Ça ne concerne pas du tout l’une de mes décisions. Bien sûr, le risque terroriste doit être pris en compte par les organisateurs de différentes manifestations. Ça paraît évident après ce qui s’est passé cet été.