Attentat de Nice: «Savoir que ces responsables s’intéressent à moi, ça fait du bien»

TEMOIGNAGE La mère de Yassmina, 14 ans, a été la première tuée de l’attentat de Nice le 14 juillet. La collégienne se confie sur ses sentiments à l'issue de la cérémonie d'hommage aux victimes…

Mathilde Frénois

— 

François Hollande dépose une gerbe lors de la cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme.
François Hollande dépose une gerbe lors de la cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme. — AFP

Le 14 juillet, Yassmina n’a pas regardé le feu d’artifice depuis la promenade des Anglais. Sa mère y était. Elle est la première victime de l’attentat qui a frappé Nice.

Comme la quasi-totalité des familles de victimes d’actes terroristes depuis 1956, Yassmina a assisté à l’hommage national qui leur été rendu ce lundi matin aux Invalides. Cette élève de 4e dans un collège de Nice raconte comment elle a vécu cette matinée de cérémonie en mémoire, entre autres, de sa mère.

Qu’avez-vous ressenti pendant la cérémonie ?

C’était beaucoup d’émotion. J’ai été très touchée. Surtout quand ils ont dit le nom des victimes. A chaque fois, une personne prenait une rose blanche pour la déposer. Pour chaque victime. C’était vraiment très touchant.

Après cette liste de nom qui a résonné dans la cour des Invalides, François Hollande a prononcé un discours. Qu’en avez-vous pensé ?

Le président de la République a dit qu’il ne fallait pas faire d’amalgames. Et ça, c’est plutôt bien parce qu’à Nice, il y a beaucoup de racisme.

>> A lire aussi : Hollande annonce une réforme du fonds de garantie des victimes du terrorisme lors de l'hommage

Vous êtes de confession musulmane. Depuis le 14 juillet, avez-vous été victime d’actes racistes ?

Il y en a beaucoup, surtout à Nice. Une fois, avec ma grande sœur, on venait de finir de poser des fleurs sur le lieu de l’attentat. Quelqu’un est venu et nous a dit : « Maintenant vous vous déplacez en troupeau ! » On lui a expliqué qu’on revenait d’un deuil, que notre mère est morte le 14 juillet sur la Prom'. Il a dit : « Tant mieux, ça en fera une en moins. » C’était fort. J’ai ressenti de la colère. On était tellement choqué qu’on ne lui a rien répondu. On était surtout énervées.

Que pensez-vous de l’attention portée par les responsables de l’Etat à l’égard des victimes ?

Qu’ils soient venus nous voir, c’était important pour moi. Ce n’est pas François Hollande, mais Manuel Valls que j’ai rencontré. C’est le Premier ministre, il est venu, il m’a serré la main, on a fait des photos.

Cette rencontre a-t-elle apaisé votre douleur ?

Manuel Valls a plus parlé avec mon père qu’avec moi. Savoir que ces responsables, même avec leur style austère, me parlent et sachent qui je suis, qu’ils s’intéressent à moi, ça fait du bien.

Contrairement à vous, à votre père et à vos sœurs, certaines familles de victimes n’ont pas souhaité assister à la cérémonie. Les comprenez-vous ?

Oui, je comprends les personnes qui sont en colère et qui ne sont pas venues à l’hommage. Il y avait un manque de sécurité le 14 juillet. Certes je suis un peu énervée contre ça, c’est sûr qu’on aurait pu faire mieux. Mais c’était tout de même très important d’être présents ce lundi.

Pour le moment aucune date n’a été arrêtée, mais, si un nouvel hommage est rendu à Nice, vous y rendrez-vous ?

Oui, pourquoi pas y aller de nouveau.