Nice: Des projets de déradicalisation uniques en France

SOCIÉTÉ L’association Entr’autres a mis en place des rencontres entre jeunes radicalisés et mentor...

Mathilde Frénois

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Boubekeur Bekri, recteur de la mosquée Al Forqane de l’Ariane et vice-président du conseil régional du culte musulman en Paca, officie en tant que mentor à Nice.
Boubekeur Bekri, recteur de la mosquée Al Forqane de l’Ariane et vice-président du conseil régional du culte musulman en Paca, officie en tant que mentor à Nice. — M. Frénois

Et si la lutte contre la radicalisation passait par la confiance en les mentors. Depuis le début de l’année, Boubekeur Bekri, recteur de la mosquée Al Forqane de l’Ariane (un quartier de l'est de Nice) et vice-président du conseil régional du culte musulman en Paca, a endossé ce rôle. « En mai, j’ai rencontré deux jeunes convertis qui souhaitaient quitter la France », raconte l’imam. Ensemble, ils parlent spiritualité, histoire, géopolitique mais aussi départ.

Des silences et des non-dits

« Les discussions étaient entrecoupées de silences, de non-dits et d’à-peu-près, confie-t-il. Je sentais une véritable contamination. Je tentais de les emmener dans la lumière, mais une vague se refermait sur ces jeunes. Le repli s’entendait comme un battement de cœur. »

Au bout de deux mois, les rencontres prennent fin. Quelque temps après, Boubekeur Bekri apprend que les deux Azuréens sont en plein préparatifs de départ. « Même si aujourd’hui, ils sont encore en France, j’estime que notre démarche n’a pas abouti », déplore-t-il.

Un discours que confirme Amélie Boukhobza, psychologue clinicienne et membre de l’association Entr’autres qui organise ces rencontres entre radicalisés et mentors. « A ce jour, je n’ai pas encore vu un seul jeune qui s’en sort, même s’il y a des améliorations », explique-t-elle.

Les Alpes-Maritimes, deuxième département le plus touché

Après la Seine-Saint-Denis, les Alpes-Maritimes sont le deuxième département le plus touché. Nice, Valbonne, Vence… aucune ville n’est épargnée, ni aucun profil. « La djihadisation concerne les 15-40 ans, les deux sexes, tous les niveaux sociaux », détaille-t-elle.

Ce qui inquiète le plus cette psychologue ? Les jeunes qui reviennent de Syrie. « Actuellement, 250 d’entre eux sont en prison. Notre projet est d’intervenir auprès de ceux qui n’ont pas encore quitté cette idéologie. », affirme-t-elle.