Bactérie tueuse d'oliviers: «Ces arbres ont vu 30 générations et nous, on les verrait périr»

AGRICULTURE Trois oléiculteurs niçois confient leurs inquiétudes à «20 Minutes», face à la propagation de Xylella fastidiosa…

Christine Laemmel

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Un olivier millénaire dans un parc à Nice en 2011
Un olivier millénaire dans un parc à Nice en 2011 — TERRE SAUVAGE/BOITIER EMMANUEL/SIPA

« Un film d’horreur » qui se regarde en latin. Xylella Fastidiosa. La bactérie tueuse d’oliviers fait trembler les producteurs niçois. Après avoir entraîné la destruction de 30.000 hectares d’arbres dans les Pouillles, dans le Sud-Est de l’Italie, la menace a atteint la Corse fin juillet.

Ce jeudi, le Conseil départemental des Alpes-Maritimes a lancé une campagne de prévention destinée à empêcher la propagation de Xylella. Si aucune trace de la bactérie n’a pour l’instant été repérée dans la région, l’étau se resserre autour des producteurs niçois, fatalistes.

« C’est comme le sida »

« Tout le monde peut être vecteur », explique Henri Derepas, copropriétaire de l’exploitation biologique Champ Soleil sur les hauteurs de Nice. Soixante types d’insectes et 200 espèces de plantes sont concernés. Le procédé de contamination est aussi simple qu’effrayant : un insecte pique une plante infectée puis va en piquer une saine. « C’est comme le sida », ironise le gérant, sauf que dans le cas de Xylella, les touristes se promènent avec des seringues infectées. Il suffit d’une bouture malade ramenée nonchalamment de Corse pour rapatrier l’épidémie. « Ne ramassez pas les végétaux », priait simplement ce jeudi Jean-Philippe Frère, producteur au Rouret.

Une directive radicale qui peut canaliser « un problème gravissime, qui remet en cause une activité professionnelle et un patrimoine », selon Henri Derepas. « Quand on en est à dire comme en Italie, on fait un cordon sanitaire autour des arbres infectés, c’est Fukushima, c’est qu’on n’a pas d’autres solutions que d’enfermer la bactérie. » Lorsqu’une plante est touchée, le traitement est en effet irrévocable : l’arrachage dans un rayon de 100m et la désinsectisation de la zone.

« Il faut changer de métier »

Les conséquences peuvent être désastreuses. « Si un arbre est touché, c’est 20 % de ma production qui sera détruite, explique Henri, gérant de sept hectares dont cinq d’oliviers. S’il y en a plusieurs, je suis mort, et le quartier autour aussi. » Comme il est difficile d’imaginer un insecte se sustenter d’un seul plan, la deuxième hypothèse semble la plus crédible.

« Ces arbres ont vu 30 générations et nous, on les verrait périr », se désole-t-il. S’en suivrait une perte de son label bio à cause de la désinsectisation et un avenir embrumé. « Dans le meilleur des cas, vous faites des bâtiments mais sans végétation autour », vu la mobilité des insectes. « C’est pire qu’un enfer, qu’est-ce que vous faites ? » s'interroge l’exploitant. « Il faut changer de métier », répond Françoise Camatte, oléicultrice à Saint-Cézaire-sur-Siagne. Cette bactérie, « c’est tout ou rien, enchaîne la productrice. C’est une épée de Damoclès, il faut positiver tant qu’on ne l’a pas. »

Sortir de la monoculture

En attendant, les exploitants sont impuissants. Aucun traitement préventif n’existe, ni aucune manière d’endiguer la propagation. « Il faut surveiller ses arbres », avance modestement Françoise, ou se diversifier.

C’est le pari que fait Eric Reiffsteck au Domaine de la Chapelle Saint-Jérôme, à la frontière italienne. « Je mets le paquet sur les plantes médicinales », développe ce résident de Breil-sur-Roya. Pour sortir des espèces sensibles à Xylella mais aussi pour « recréer un biotope », argue l’agriculteur. Et ne pas tendre la perche à la propagation en favorisant la monoculture.

Pour Henri, la solution peut se cacher dans les greffes que les Italiens commencent à pratiquer, à partir de souches plus combattives. « Ça ne passera que par la recherche de porteurs sains, estime l’exploitant bio. Si on arrache tout, on supprime un potentiel de résistance. Et si on perd notre patrimoine, il ne nous reste plus rien. » Même plus un rameau d’olivier à ramener de vacances.