Nice : « Ma fille est partie en Syrie par surprise », témoigne un père de famille

TEMOIGNAGE Onze membres de sa famille sont partis rejoindre les djihadistes, en septembre dernier...

Jean-alexis Gallien-lamarche

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Ivano, au centre, pendant un séminaire sur la radicalisation des jeunes, mercredi à Nice.
Ivano, au centre, pendant un séminaire sur la radicalisation des jeunes, mercredi à Nice. — J.-A. Gallien-Lamarche / ANP / 20 Minutes

C’est une victime du djihad comme la France en compte des centaines. Un père de famille qui, du jour au lendemain, a vécu un supplice. Celui de voir sa fille Andréa partir faire le djihad en Syrie. L’enfer d’Ivano a commencé fin septembre dernier. « Elle est partie par surprise avec toute sa belle famille », raconte cet homme de 55 ans qui a témoigné mercredi, à Nice, lors d’un séminaire sur la radicalisation des jeunes organisé par le Conseil départemental des Alpes-Maritimes.

« Ma fille a toujours été très attirée par la religion musulmane. Elle s’est convertie puis a rencontré son actuel mari. Andréa a ensuite porté le voile, puis le niqab », se souvient Ivano. « Je voyais ses discours, ce n’était plus de la religion mais de la politique. Mais jamais je n’aurais imaginé qu’elle parte là-bas… », ajoute ce franco-italien.

Partis dans des voitures de location

Il y a huit mois, onze membres d’une même famille azuréenne, composée de musulmans et de convertis, dont quatre enfants âgées de six mois à six ans, quittent alors Nice, direction la Syrie et les djihadistes de l’Etat Islamique. Une femme enceinte est même du voyage. Elle donnera naissance à un enfant en décembre dernier.

C’est en voitures de location que la famille niçoise rejoindra la Syrie. « Ils sont passés par l’Italie, la Grèce et enfin la Turquie, assure-t-il. Ils ont fini par vendre les voitures il y a quelques mois », explique Ivano. « Andréa vit aujourd’hui au sud de la région d’Hassaka. Avant c’était le Club Med pour eux, il n’y avait pas la guerre. Maintenant ma fille vit sous les bombes de la coalition et de la Jordanie », désespère le père de famille qui échange via Skype avec sa fille, 28 ans depuis février.

De quoi occupe-t-elle ses journées, il n’en a aucune idée. « Depuis février, l’Etat islamique interdit aux femmes et aux enfants de sortir », raconte Ivano.

« Pourquoi ne les a-t-on pas empêché de partir? »

S’il dit avoir vécu un calvaire les premiers mois, ce père de famille en veut surtout aux autorités et à la police. « Avant son départ, son mari a été arrêté onze fois par la direction centrale du renseignement intérieur. ¨, enrage-t-il. « J’ai prévenu l’ambassade qu’ils étaient en Turquie, juste avant leur passage de l’autre côté de la frontière. Et personne n’a rien fait, je ne comprends pas », s’agace Ivano.

Au cœur de ce départ, l’époux de sa fille, un Tunisien prénommé Oussama, connu des services pour sa radicalisation. « La police m’a ensuite dit qu’il était connu pour faire de la propagande à Nice », déclare Ivano qui ajoute qu’Oussama « a été embauché par l’Etat Islamique pour faire les vidéos du groupe », confie-t-il. Maintenant, le père d’Andréa témoigne, rassure les autres familles. De son côté, il « en est bien conscient, [il] ne compte pas revoir [sa] fille de sitôt en France ».