L'olive se fait un masque à l'argile

Joseph Helga

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«C'est un peu comme la peinture pour les nuls, il faut entièrement recouvrir les arbres », lance Henri Derepas, oléiculteur à La Trinité depuis trente ans. Bien joué l'artiste : ses 1 000 oliviers sont effectivement entièrement enveloppés d'une fine pellicule blanche d'argile aussi bien sur les branches que sur les fruits actuellement en pleine croissance.

«Du blanc partout qui l'embrouille»


S'ils se font poser un tel masque à l'argile, ce n'est pas par coquetterie, mais pour lutter contre leur ravageur numéro 1 : la redoutable Bactrocera oleae. Cette petite mouche de 4 à 6 mm de long, dont les larves dans les olives détruisent 70 à 100 % des récoltes, tombe sur un os lorsque les arbres sont ainsi peinturlurés. « L'argile forme une barrière minérale physique l'empêchant de pondre, détaille le professionnel. Il y a aussi un effet d'éblouissement avec du blanc partout qui l'embrouille. » Ce traitement bio original a reçu l'autorisation de mise sur le marché en 2012 après plusieurs années d'essais menés notamment dans les Alpes-Maritimes par la Chambre d'agriculture. « Il a un taux d'efficacité de 80 à 90 % », assure Maud Damiens, conseillère oléicole à la Chambre. L'argile, de la kaolinite calcinée, mélangée à de l'eau et à un adjuvant bio, est pulvérisée une à plusieurs fois par saison.

Sa faiblesse ? Les précipitations capables de tout lessiver et d'obliger l'exploitant à remettre le couvert. D'ici à quelques jours, lorsque la population de mouches explosera, Henri Derepas complétera par la pulvérisation d'un insecticide naturel dérivé de la canne à sucre. « Comme pour un accouchement, il faut surveiller sinon cette méthode peut échouer », prévient-il.

■ Une récolte « faible à moyenne »

La nouvelle saison de récolte de l'olive, qui commencera à partir de novembre et s'étalera jusqu'à mars, ne s'annonce pas exceptionnelle, selon Henri Derepas. « Pour beaucoup d'oléiculteurs, elle sera faible à moyenne », pronostique-t-il. La faute aux nombreuses précipitations et au froid de l'hiver, qui ont tiré sur les ressources des arbres selon lui. Chaque année, environ 400 à 500 tonnes d'huile d'olive sont produites dans les Alpes-Maritimes.