Dix-huit mois pour le tireur

Fabien Binacchi

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L'interpellation, le 17 mai.
L'interpellation, le 17 mai. — L. Urman/Sipa

«Il faut taper du poing sur la table pour se faire entendre. Pour avoir le pouvoir, il faut le prendre. » C'est en ces termes que Stéphane Croce a justifié son acte. Le 17 mai, en plein Festival de Cannes, l'homme de 43 ans avait semé la panique dans le public du « Grand Journal », l'émission de Canal +. Peu après 20 h ce soir-là, il avait dégainé un pistolet d'alarme et tiré deux coups avant de brandir une grenade factice, causant un mouvement de panique. Le tribunal correctionnel de Grasse l'a condamné lundi à une peine d'emprisonnement ferme de 18 mois, au-delà des réquisitions du ministère public.

Esotérique et politique


Confus, Stéphane Croce, qui vivait dans un chalet des environs de Gréolières au moment des faits, a notamment lu un discours de quatre pages mêlant considérations ésotériques et politiques pour tenter de s'expliquer. « J'avais un message à faire passer au public [il montre la salle] et à vous [au président] », a dit l'homme portant cheveux ras et barbichette, pestant contre « la manipulation, l'oligarchie et le totalitarisme ». Il évoque son passage à l'acte, réfléchi et programmé, selon le tribunal. « J'ai eu des visions. Un soir, elle [il ne précise pas] est venue en moi. Elle était lumineuse comme une lune, raconte-t-il. Moi, je suis comme un orpailleur qui cherche un trésor dans les cieux. » Il cite le nom de plusieurs philosophes, évoque « les sciences de Dieu », « un ange », « un spectre » et parle de « soucoupes volantes »… Pour la procureure, qui voit là « un acte de terrorisme, dans sa définition, mais pas dans son degré de violence », Stéphane Croce n'avait « aucun message à faire passer. Il a voulu imposer sa présence ». Son avocate, elle, disait après le jugement que « le tribunal est passé à côté de l'essentiel, une obligation de soin ».

■ Euro symbolique

Canal + et la société de production KM, constituées partie civile, avait demandé chacun 30 000 euros de dommages et intérêts. Le tribunal a condamné Stéphane Croce à leur verser un euro symbolique.