Les grévistes signent l'armistice

Guillaume Frouin

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Les grévistes de la faim ont savouré mardi leur première soupe, entourés de leurs soutiens.
Les grévistes de la faim ont savouré mardi leur première soupe, entourés de leurs soutiens. — F. Elsner / 20 Minutes

Après vingt-huit jours de jeûne, Michel Tarin a savouré, ce mardi, le bouillon de légumes qui lui a été tendu. Cet agriculteur à la retraite de 64 ans avait en effet entamé une grève de la faim, tout comme sept autres opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Certains avaient dû arrêter avant lui, d'autres l'avaient rejoint entre-temps. Lui a tenu bon. Il a perdu 15 kg, mais y a gagné un compromis avec les promoteurs du projet.
Nantes métropole, le conseil général de Loire-Atlantique et la région des Pays de la Loire se sont en effet engagés à ne pas faire expulser paysans et habitants récalcitrants avant la fin de leurs recours juridiques. Par contre, les procédures d'expropriation vont continuer.

Un accord avec des limites
« On craignait de devoir partir au 31 décembre : cela nous fait gagner environ deux ans », décrypte Marcel Thébault, 54 ans, qui a jeûné pendant dix-sept jours avant de s'arrêter pour raisons médicales. Le gel des expulsions a toutefois ses limites : il ne s'applique pas aux militants anarchistes qui squattent les terrains rachetés par le conseil général. Même chose pour les habitants qui ont déjà signé un accord amiable. Le recours devant la justice européenne, qui pourrait lui durer « trois ou quatre ans », a aussi été exclu de l'accord, selon un représentant des collectivités locales. Idem pour tous ceux qui seraient déposés à l'avenir.
La lutte pour l'abandon du projet n'est toutefois pas terminée, selon Michel Tarin. L'enquête sur l'eau, qui pourrait être déclarée d'utilité publique d'ici un an, sera ainsi contestée en justice. « Si jamais, dans notre Etat de droit, le juridique n'arrêtait pas les procédures, alors ce sera le soulèvement populaire », prédit l'agriculteur en retraite, dont la famille habite depuis cinq générations à Notre-Dame-des-Landes. « Le monde paysan a démontré sa solidarité au cours de notre mouvement : ce ne seront plus seulement les agriculteurs de l'Ouest qui viendront, mais ceux de toute la France. »