Nantes: La spirale infernale de l'ado braqueur

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Les jurés de la cour d’assises de Loire-Atlantique, qui jugent depuis hier deux ados qui avaient braqué en septembre 2004 une station-service à Rezé et un bureau de poste à Saint-Michel-Chef-Chef, ont pu découvrir hier la personnalité du principal accusé. Adopté à 3 ans dans un orphelinat brésilien, Marc admet avoir eu « une enfance heureuse » à Saint-Brévin-les-Pins. Mais, à 9 ans, son père adoptif, soudeur aux Chantiers de l’Atlantique, meurt brutalement d’un infarctus. Six mois plus tard, c’est son oncle et parrain qui décède. « Marc s’est retrouvé être le seul homme de la famille », raconte à la barre sa mère adoptive, dans un témoignage poignant. « Il faisait tout pour me protéger. On s’est alors resserrés. C’était peut-être étouffant. »

Après une scolarité sans histoires, les ennuis commencent au collège privé de Saint-Brévin, où Marc est l’objet d’insultes « racistes ». « Des élèves lui ont fait manger de l’herbe dans l’établissement, à Saint-Joseph, une école chrétienne ! », s’indigne sa mère. « C’était au moment des présidentielles 2002, quand Le Pen disait qu’il fallait mettre tous les étrangers dehors. Après, Marc me disait : « Maman, pourquoi tu es venu me chercher au Brésil ? Pourquoi tu ne m’as pas laissé là-bas ? Je suis Noir, les autres me le disent à l’école ! ».

Marc tombe alors dans la petite délinquance. Renvoyé de l’établissement pour de « petits trafics », il intègre le foyer pour jeunes en difficulté Moissons-Nouvelles, à Guérande. « C’était un foyer de délinquance, se désole la quinquagénaire. Là-bas, il a tout appris : démonter une mobylette, voler une voiture... ». Le jeune homme devient également violent envers sa mère. Père à 15 ans d’une petite fille (qu’il n’a pas reconnue), Marc multiplie aussi les expériences : cannabis, ecstasy puis cocaïne.

C’est dans ce contexte que, le 4 septembre 2004, pistolet au poing, Marc braque la station-service Total de Rezé. A ses côtés, un « copain », Damien, lui aussi âgé de 18 ans. Même topo le 13 septembre, lors de l’attaque du bureau de poste de Tharon-Plage, à Saint-Michel-Chef-Chef. Tous deux repartiront avec un butin dérisoire : 720 € la première fois, 875 € la seconde. Marc et Damien sont aujourd’hui dans le box des accusés, tout comme Grégory et Julien, leurs « complices » présumés. Le premier conduisait la voiture à Rezé, alors que le second, majeur à l’époque, est soupçonné d’avoir acheté l’arme de poing dans une armurerie de Nantes.

Guillaume Frouin