Une nuit avec les derniers braconniers

Guillaume Frouin

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Une dizaine de braconniers pêchaient sur l'écluse de Saint-Félix dans la nuit de lundi à mardi.
Une dizaine de braconniers pêchaient sur l'écluse de Saint-Félix dans la nuit de lundi à mardi. — L. Failler / 20 Minutes

Sa valeur a été divisée par cinq en dix ans. Il n'empêche : à 200 € le kg, la civelle reste un « or blanc » rentable pour ses braconniers. Trois ont d'ailleurs été interpellés dans la nuit de lundi à mardi sur le canal Saint-Félix, à Nantes, lors d'une opération menée par une vingtaine d'agents de l'environnement et de policiers. Une demi-douzaine d'autres, surpris sur les lieux, n'ont pu être inquiétés, faute de preuves.
L'écluse du canal, où grouillent ces alevins d'anguilles qui veulent remonter les eaux douces de l'Erdre, est en effet un lieu de prédilection pour eux. « C'est un site désespérant », confie d'ailleurs un agent de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema). « Il reste un noyau dur d'une vingtaine de braconniers, contre 80 il y a quelques années. Ce sont les mêmes, chaque soir : certains avaient 12 ans quand on les a connus, ils en ont aujourd'hui 25. »

Pas des enfants de chœur
Les derniers braconniers, issus de la communauté des gens du voyage, ne sont « pas des enfants de chœur ». « Beaucoup ont déjà été condamnés pour vols ou violences », confirme le même agent. « Le braconnage n'est qu'une activité parmi d'autres de leur activité souterraine. » Selon lui, les intéressés écouleraient leur marchandise sur des circuits parallèles, à destination de l'Asie du sud-est ou de l'Espagne, où la civelle est un mets très prisé.
Pour faire respecter l'interdiction de la pêche aux non-professionnels, décidée en 2007 pour protéger cette espèce menacée par la surpêche et la pollution, les agents de l'Onema ne se déplacent donc plus qu'avec la police. Mais les amendes et possibles confiscations de véhicules - une audience spéciale a lieu deux fois par an au tribunal correctionnel - ne semblent guère effrayer les braconniers. L'un d'eux a d'ailleurs déchiré sa convocation sous les yeux des agents de l'Onema, à sa sortie du commissariat, dans la nuit de lundi à mardi. « A demain », leur a-t-il lancé, bravache.