Décalage horaire pour les précaires

Guillaume Frouin

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Des distributions alimentaires sont organisées le soir dans ce centre du Vignoble nantais.
Des distributions alimentaires sont organisées le soir dans ce centre du Vignoble nantais. — F. Elsner / 20 Minutes

Ce soir, au Loroux-Bottereau, le centre des Restos du cœur va de nouveau ouvrir de 18 h 30 à 19 h 30. Un horaire inhabituel pour l'association caritative, dont les distributions se sont normalement en journée, testé pour que les « travailleurs pauvres » puissent venir après leur journée de travail. « Les horaires des Restos ne sont pas adaptés aux gens qui ont un boulot », explique Gérard Boissinot, responsable de l'antenne locale, à l'origine de cette initiative inédite en Loire-Atlantique. « Or, certains ont des salaires très bas... Une fois qu'on leur enlève le loyer et les factures, il ne leur reste plus rien à la fin du mois. » Les premières bénéficiaires de cette distribution à horaires décalés sont ainsi surtout « des femmes seules avec enfants », selon ce bénévole de 60 ans. Des femmes de ménage, des employées de restauration, mais pas seulement. « Une dame est venue, après que son mari a perdu son emploi dans un cabinet d'architectes », raconte ainsi Pierre Gadebois, retraité de 74 ans préposé aux inscriptions.

Des bénévoles différents
Reste que, pour l'heure, le succès de l'opération demeure modeste. Depuis la fin novembre, quinze familles y sont en effet inscrites, contre 126 à la distribution habituelle du mardi après-midi. « Il faut attendre un peu que l'information se diffuse », plaide Gérard Boissinot, qui se donne deux mois pour dresser un premier bilan. « Ce n'est jamais facile, non plus, de venir aux Restos... Les gens ont leur fierté. »
Ces horaires décalés permettent, au moins, de toucher une autre génération de bénévoles. Comme Mickaël Gueraud, 32 ans, affecté la semaine dernière au rayon « desserts », aux côtés d'une vingtaine de retraités. « Sans ces horaires décalés, je ne pourrais pas être présent », explique ce technicien industriel, plutôt habitué des collectes alimentaires en grandes surfaces le week-end. « Ici, on sent que les gens sont vraiment dans le besoin, ce ne sont pas des profiteurs : ils ont une sorte de gêne à prendre les produits qu'on leur offre. »