Polémique sur un sans-papiers arrêté à la préfecture

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Mercredi 3 mai, 9 h 30. Victor C., un Haïtien sans-papiers faisant l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière depuis le 1er février, se présente à la préfecture où on l'a invité, par courrier, à apporter les documents nécessaires à sa demande de réexamen du statut de réfugié. Victor en sortira deux heures plus tard menotté, avant d'être placé à 15 h 30 au centre de rétention.

« Il s'est fait arrêter sous mes yeux par la police qui l'attendait sur place, s'indigne Micheline Tainon, militante du Mrap. Cela rappelle de tristes souvenirs. Pendant la guerre, on ne procédait pas autrement avec les Juifs. » « Ces propos sont totalement scandaleux et inacceptables, s'est insurgé hier matin Ziad Khoury, le directeur de cabinet du préfet. Cet homme a reçu une invitation, pas une convocation, et n'était pas obligé de venir. Sur place, on s'est aperçu que son dossier était creux. On a donc mis en application l'arrêté qui implique l'arrestation de toute personne en situation illégale. C'était tout à fait légitime. La préfecture n'est pas un sanctuaire. » « J'ai moi-même aidé un Kurde à quitter la préfecture in extremis il y a un mois, témoigne Jeanine Valignat, de la Ligue des droits de l'homme. Face à de telles pratiques, il est inévitable que les mots remontent parfois. » La cour d'appel a rejeté hier matin la demande de libération de Victor C.

F. Brenon

« Il y a des rendez-vous pièges pour les sans-papiers, ça ne fait aucun doute. C'est pour cela qu'on va toujours avec eux à la préfecture. Il faut des témoins », estime Cécile Bir, du collectif Enfants étrangers-citoyens solidaires. « Mal à l'aise, le personnel nous envoie des signes. On a ainsi évité plusieurs arrestations de justesse », assure Cédric Gratton, du GASProm.