épidémie de cancers chez les dockers

Guillaume Frouin

— 

Serge Doussin poursuit le combat de Jean-Luc Chagnolleau.
Serge Doussin poursuit le combat de Jean-Luc Chagnolleau. — F. elsner / 20 Minutes

Ce midi (13 h 45), un rassemblement va avoir lieu devant le palais de justice de Nantes, à l'initiative de « l'Association pour la protection de la santé au travail des métiers portuaires » de Loire-Atlantique. Le tribunal des affaires de la Sécurité sociale doit en effet y examiner la reconnaissance du cancer de Jean-Luc Chagnolleau comme « maladie professionnelle ».

Il absorbait des fongicides
Le principal intéressé ne sera pas présent à l'audience. Docker pendant trente ans sur les quais du port de Nantes/Saint-Nazaire, Jean-Luc Chagnolleau est décédé en septembre d'un cancer du rein. A 56 ans. « Il a beaucoup travaillé au terminal à bois de Cheviré, où les bois exotiques qui arrivent sont traités avec des fongicides », rapporte son ami Serge Doussin, ex-secrétaire de la CGT 44. « Ces produits contiennent des arséniates, des dérivés d'arsenic cancérigènes, qui se concentrent dans le rein. » Pas suffisant, toutefois, pour que la Sécurité sociale inscrive son cancer au « tableau n°57 » des maladies professionnelles.
Le cas de Jean-Luc Chagnolleau n'est pourtant pas isolé : sur les 193 collègues qu'il avait contactés de son vivant, 80 souffraient de cancers (vessie, prostate, thyroïde...). « Ceux qui manipulent les produits agricoles sont exposés aux pesticides », poursuit Serge Doussin. « Certains ont aussi inhalé à longueur de journée les gaz d'échappement de leurs engins dans les cales des bateaux. Pour d'autres, c'était les poussières de blé. »

Un « silence de plomb »
L'enjeu est de taille : la reconnaissance du cancer de Jean-Luc Chagnolleau en « maladie professionnelle » ouvrirait en effet la voie au versement d'importantes indemnités. « Les pouvoirs publics entretiennent un silence de plomb sur la question », s'agace d'ailleurs Serge Doussin. « Ils cherchent aussi à culpabiliser les dockers, en mettant leur maladie sur le dos de l'alcool et du tabac. » Contactés, la Sécurité sociale n'a pas souhaité faire de commentaire, tandis que l'employeur de Jean-Luc Chagnolleau considère qu'il s'agit d'un « problème entre le salarié et l'Assurance-maladie ».