Une étude conteste l'intérêt du projet

Frédéric Brenon

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Le collectif d'élus estime, chiffres à l'appui, que des erreurs de calcul ont été volontairement commises par l'Etat.
Le collectif d'élus estime, chiffres à l'appui, que des erreurs de calcul ont été volontairement commises par l'Etat. — F. ElsNER / 20 Minutes

Ils la réclamaient depuis plusieurs années en vain. Alors ils ont décidé de la financer eux-mêmes. Une seconde étude portant sur la pertinence économique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été dévoilée hier par le collectif des élus opposés au projet (un millier de membres). Réalisée par un cabinet étranger, elle « reprend point par point » le travail fourni en 2006 par l'Etat pour le dossier d'enquête publique. Mais ses conclusions sont très différentes. L'estimation de l'Etat prédit à l'échéance 25 ans des bénéfices globaux pour la société supérieurs aux dépenses (environ 500 millions d'euros). Celle présentée hier prévoit à l'inverse des pertes comprises entre 100 millions et 600 millions d'euros : construire un nouvel aéroport serait donc ruineux à terme.

« L'Etat a gonflé ses chiffres »
Pour justifier un tel écart, la contre-enquête reproche à l'analyse de 2006 des « erreurs de calcul et omissions » (évolution du prix du pétrole, prise en compte des habituels dépassements de coût, absence de scénario alternatif ou d'analyse de risques, etc) et un « débordement d'optimisme ». « En clair, l'Etat a volontairement pipeauté son étude, dénonce Ronan Dantec, sénateur Europe écologie. Il a gonflé des chiffres pour rendre le projet plus séduisant. On n'aurait pas pu s'en rendre compte sans l'analyse approfondie d'un cabinet extérieur. »
Fort de cet avis, le collectif d'élus réclame désormais une abrogation de la déclaration d'utilité publique (DUP) validant le projet. « Ce serait logique, cette DUP est adossé à un dossier économique faux. L'Etat doit prendre ses responsabilités », juge Geneviève Lebouteux, conseillère régionale Europe écologie.
En parallèle, à la demande du collectif, le cabinet a étudié l'intérêt économique d'une optimisation de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique : le bénéfice global serait d'environ 100 millions d'euros.

indépendance en question

L'étude a été réalisée par le cabinet indépendant hollandais CE-Delft, qui s'est distingué par le passé par une étude ayant contribué à l'abandon de l'extension de l'aéroport d'Heathrow (Londres). « CE-Delft a une réputation à défendre, on ne peut douter de sa compétence », assure le collectif d'élus.