Un livre-réquisitoire qui refait le procès du Requip

Guillaume Frouin
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Antoine Béguin est l'avocat de Didier Jambart, un malade de Parkinson d'Indre, qui a fait condamner la firme GSK.
Antoine Béguin est l'avocat de Didier Jambart, un malade de Parkinson d'Indre, qui a fait condamner la firme GSK. — F. Elsner / 20 Minutes

Le 31 mars, le laboratoire pharmaceutique GSK était condamné à verser 117 000 € de dommages et intérêts pour son défaut d'information envers Didier Jambart. Entre 2005 et 2007, ce quinquagénaire d'Indre avait été soigné au Requip, sans savoir que ce médicament contre sa maladie de Parkinson pouvait entraîner de redoutables effets secondaires (addiction au jeu, hypersexualité...). Aujourd'hui, son avocat angevin Antoine Béguin publie « Sexe et addictions sur ordonnance » (L'àpart éditions), un livre qui revient sur ce jugement inédit en France - dont la firme a fait appel. Instructif.
Un cas pas isolé. Considérés comme « peu fréquents » par GSK, les effets des « agonistes dopaminergiques » comme le Requip toucheraient au pire un malade sur cent. Soit tout de même « 1500 personnes au minimum » en France, calcule l'avocat, dont le livre regorge de témoignages édifiants.

« L'inertie » de l'Affsaps. L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, déjà mise en cause dans le scandale du Mediator, en prend pour son grade. « Le conflit d'intérêt est une plaie dans le fonctionnement de l'Affsaps », écrit même Antoine Béguin, qui fustige les « relations dangereuses » de ses experts avec certains laboratoires.
Le silence des associations de malades. Les grandes associations de parkinsoniens n'ont « rien fait, rien dit » dans l'affaire. « En 2009, France Parkinson a perçu 135 000 € d'aides directes de quatre laboratoires, dont GSK », fait remarquer l'avocat angevin.

Plaidoyer pour les « punitive damages ». Antoine Béguin voudrait que des « dommages et intérêts punitifs » soient instaurés en France : en 2008, dans une affaire similaire aux Etats-Unis, un laboratoire avait été condamné à verser 8,3 millions de dollars. « Ils sont destinés à punir littéralement le professionnel qui n'a pas respecté ses obligations », explique l'avocat.