Dans les serres, le salaire est affaire de sexe

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Une grande famille du maraîchage nantais au tribunal. Les deux frères Michel et Xavier Vinet étaient jugés hier pour avoir établi une « discrimination » salariale entre leurs ex-employés des serres de tomates de Basse-Goulaine. Malgré des contrats de travail identiques, les femmes étaient systématiquement payées moins cher que les hommes. Un délit relevé par l’inspection du travail en 2003, et théoriquement passible de 1 an de prison et 375 000 € d’amende. Les frères Vinet « n’ont pas été choisis au hasard », est convaincu leur avocat, qui voyait hier dans les poursuites du parquet une « volonté manifeste d’en faire un exemple ».
Car, sur le fond, les faits ne sont pas contestés. « Les hommes étaient affectés aux tâches pénibles, comme soulever des caisses de 25 kg », justifient Michel et Xavier Vinet, bientôt retraités et qui ont revendu depuis la société. « On a toujours fait comme ça », précise Xavier, dont le père et le grand-père ont dirigé eux aussi en leur temps l’entreprise familiale de maraîchage. « Si on avait payé tout le monde au même salaire, les hommes auraient refusé d’effectuer les tâches pénibles. » « La distinction se justifie donc, selon vous, socialement et historiquement », tente de résumer le président. Les prévenus acquiescent.
« Pourtant, les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les serres, car elles sont prisées pour leur habileté et leur meilleure productivité », fait remarquer à la barre l’inspecteur du travail à l’origine du contrôle. « Mais ça, on n’en tient pas compte dans la rémunération. La seule chose qui importe, c’est le port de charges. » « La loi a évolué, mais les esprits ne l’ont pas fait de la même façon », se désole également le procureur, qui rappelle le principe de « à travail égal, salaire égal ». « Aujourd’hui, ce sont deux mondes qui se confrontent », poursuit-il pour expliquer la tension palpable dans la salle d’audience. « D’un côté le monde de la justice, avec ses qualifications pénales qui renvoient à des faits préciss, et de l’autre le monde agricole, avec ses contraintes et ses traditions ». Dans la foulée, le représentant du ministère public réclame à l’encontre des frères Vinet 3000 € d’amende et l’affichage de la peine aux frais des intéressés. Le jugement, mis en délibéré, sera rendu le 11 mai.

G. Frouin