David Morin Ulmann : « L'impact de Scarface s'est ressenti lors des émeutes »

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Interview de David Morin Ulmann, sociologue

Vous animez ce soir une conférence (voir note) sur « Le cinéma populaire et la jeunesse ». Quel est votre propos ?
Je m’intéresse à l’impact des films d’action à grand spectacle (FAGS) sur la société. Ce sont les supports d’une culture plutôt populaire, en périphérie de la culture avec un grand C. A ce titre, je m’intéresse aussi à toutes les « cochonneries sociologiques », comme la pub, la presse people, les films porno, le Mc Do ou les jeux vidéo. Tous ces objets d’étude « indignes » ont une importance prépondérante dans la formation de la culture.

Par exemple ?
Scarface, le film de Brian De Palma. C’est l’un des films les plus loués dans les vidéo-clubs en Europe ou en Amérique. Culte dans les quartiers, il met sur un pied d’égalité réussite légale et réussite illégale. Le héros, Tony Montana, tient un vocabulaire extrêmement grossier, et n’hésite pas à tuer. Peut-être les émeutes de novembre ont-elles un aspect « Scarface » festif.

Le cinéma formate-t-il donc les esprits ?
Ce ne peut jamais être le fait d’un seul film, mais il y a une stimulation générale. Par ailleurs, il existe des failles et des résistances dans l’esprit du spectateur. Surtout, tout le monde ne voit pas et ne décortique pas les films comme un intellectuel.

C’est-à-dire ?
Pour reprendre l’exemple de Scarface, il se trouve que Tony Montana est homosexuel. La scène a été coupée dans la version de 1983, mais moi j’avais repéré des indices dans le film. Et effectivement, dans les rushs du double DVD, sorti en 2004, il y a des passages plus explicites.

Très peu de personnes connaissent cet aspect du persnnage…
Effectivement, ça casse un peu le mythe. Si l’homosexualité était une valeur ou valorisée, dans Scarface ou ailleurs, l’homophobie n’existerait pas.

Recueilli par Guillaume Frouin 

Mardi soir, 20 h 15, à la médiathèque centrale (salle Jules-Vallès). Entrée par la rue de l’Héronnière.