CPE : premiers gros heurts, après le discours

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« Chirac ne nous entend pas. Ses propositions sont ridicules. Il va falloir continuer la lutte. » 20 h 10, place du Commerce, vendredi soir. Au départ, ils étaient peu nombreux, à peine plus de deux cents, à exprimer timidement leur « déception » à l'issue d'une allocution présidentielle très attendue. Moins de deux heures plus tard, le regroupement d'opposants au CPE avait doublé. Tous débattaient toujours dans le calme, assis en plein carrefour, devant la préfecture. Puis les choses se sont envenimées. Eparpillés dans la nuit, des manifestants ont lancé un fumigène dans la brasserie La Cigale, brisé une vitrine rue d'Orléans, enflammé des poubelles cours des Cinquante-Otages, avant de converger vers la permanence de l'UMP située dans le quartier Saint-Pierre. Là, le face-à-face a tourné à l'affrontement avec les forces de l'ordre après la riposte de ces dernières aux jets de projectiles de quelque 300 manifestants. 2 h 30, fin de l'opposition, fin de la confusion. Une jeune fille a été légèrement blessée et dix individus interpellés. Certains étaient déjà connus de la police, mais ils ont tous été relâchés en attendant leur comparution en justice. « Les échauffourées étaient un cran au-dessus. La tension et l'énervement expliquent sans doute cela », constatait, vers 3 heures du matin, le préfet, Bernard Boucault.

Relativement calme et maîtrisé ces cinq dernières semaines, c'est la première fois que le mouvement nantais est associé à des incidents majeurs. La manifestation de demain, que l'on annonce aussi mobilisatrice que celle du 28 mars, permettra de vérifier s'il s'agissait de dérapages temporaires ou non.

D'ici là, la tension devrait être encore assez vive ce matin, à l'entrée de la majorité des lycées publics du département, toujours bloqués par les élèves. Le recteur d'académie, Bernard Dubreuil, a en effet solennellement appelé « à la reprise des cours » aujourd'hui dans tous les lycées. « Je me réfère au sens de la responsabilité des lycéens et à celui de leurs parents. Il y a des examens, des choix d'orientation qui attendent », insiste-t-il.

Frédéric Brenon