Papy sécu, point final

©2006 20 minutes

— 

A 63 ans, après avoir gravi les échelons et donné plus de trente ans de sa vie à la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de Nantes, Claude Frémont s'en va. Mais pas sur la pointe des pieds. Le volubile directeur n'en finit pas d'expliquer dans la presse pourquoi il ne se « reconnaît plus dans la Sécurité sociale d'aujourd'hui ». Il ne digère pas qu'on lui demande de fermer les maisons de la Sécurité sociale, sa création, « la chose dont il peut rester fier, sans se la péter ».

Pourtant depuis son arrivée à la tête de la Caisse en 1989, Claude Frémont en a mené des combats, construisant sa propre légende de croisé de la Sécu. Il a lutté contre les abus et les fraudes, contre les différentes lois de modernisation. « Chaque réforme a ceci d'important qu'elle prépare la suivante », aime-t-il répéter se citant lui-même. « On responsabilise les médecins en augmentant leurs revenus et les assurés en limitant leurs remboursements... Sur le terrain, on voit les dégâts que provoque la maîtrise comptable », poursuit-il à propos de la dernière réforme en date. Dans d'autres affaires plus spectaculaires, il s'est retrouvé notamment confronté à l'OM pour demander au club marseillais le remboursement des frais médicaux liés à la blessure d'un joueur nantais. A l'issue de cinq ans de procédures, la justice lui a donné raison. Une première dans le monde du football. « Le jour où j'ai reçu le chèque de l'OM, j'ai pris mon pied », s'amuse-t-il. Mais sorti de son personnage, Claude Frémont se montre moins bavard. Il reste discret sur sa vie privée et a même du mal à reconnaître son principal vice, la cigarette. « Je suis un drogué, c'est une saloperie mais personne n'est dépourvu de contradictions », lâche-t-il comme pour se justifier, sans oser avouer combien il en grille quotidiennement.

Le 30 septembre prochain, le directeur de la CPAM quittera définitivement son bureau du 8e étage, mais il ne se voit pas pour autant comme un « heureux retraité ». Ce grand-père de quatre petits-enfants a rendez-vous avec deux éditeurs pour écrire « peut-être un dernier coup de gueule ». Déjà en partie rédigé, le livre pourrait s'intituler Les belles histoires de Papy sécu, des contes de fées qui se terminent mal.

Stéphanie Lacaze

Nelly, son assistante : « C'est un personnage. Quelqu'un qui sait ce qu'il veut et qui sait mener sa Caisse avec autorité. Mais il a aussi un côté paternaliste. Il connaît par exemple les noms de ses 800 agents. » Elodie Lucas, qui l'a attaqué en justice afin d'obtenir un congé paternité : « Avec Karine, nous l'avons trouvé très arrogant et imbu de sa personne. Il est venu faire son one-man-show devant le tribunal et il était content. » Alain Carlotti, syndicaliste CGT : « Sa démission ne m'attriste pas puisque nos relations se sont considérablement dégradées. Nous avions pourtant, au départ, des convergences de vue. »