Une folle équipée de plus de mille kilomètres

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« D’un gendarme à l’autre, itinéraire d’un 4x4 maudit », titraient nos confrères de Midi Libre, lorsque l’affaire avait été rendue publique. Ironie du sort, le BMW X5 qui percute violemment un gendarme au Cellier en cette nuit du 3 au 4 février 2005 est en effet été volé au domicile d’un autre gendarme, lors d’un « home-jacking » à Nîmes. Le second véhicule du convoi, un puissant break Audi S4, est lui dérobé lors d’un « car-jacking », sur la voie publique.

Le « périple » - dixit le conducteur présumé de l’Audi - démarre ainsi le 2 février, en fin d’après-midi, à Nîmes. Direction l’ouest, via l’autoroute A9. « Nous ne savions pas exactement où nous allions, assure Pierre*. On voulait juste aller vers le nord, et cambrioler ce qui se présentait : bureaux de tabac, commerce de vêtements… Chez nous, les commerces sont trop protégés. » Une démarche qui s’expliquerait par la situation financière « précaire » des prévenus, qui vivent pour la plupart dans un camp de gens du voyage du Gard. « Des personnes sont venues me voir pour me dire que je pouvais me faire de l’argent facile », indique Mohammed*, 22 ans, maçon sans emploi après le décès de son patron. « Ils m’ont simplement dit de me munir de gants et d’une cagoule. »

Reconstituée par les enquêteurs, l’expédition serait ainsi passée par Sarlat et Terrasson (Dordogne), Niort (Deux-Sèvres), La Flèche (Sarthe), Angers (Maine-et-Loire) avant de se terminer brutalement au Cellier (Loire-Atlantique). En Dordogne, les braqueurs présumés se seraient ainsi attaqués dans la nuit du 2 au 3 février à deux Caisses d’épargne en l’espace de 45 minutes. « A chaque fois, ils ciblent des Caisses d’épargne isolées, dont ils maîtrisent particulièrement bien le système de sécurité », pointe le parquet. Le magistrat relaie là les observations de la cellule d’enquête, composée de dix-huit gendarmes et surnommée « Ecureuil ». Ces derniers imputent aux prévenus une cinquantaine de cambriolages similaires, commis entre mars 2004 et février 2005 dans l’Ouest, le Sud-Ouest et le Centre. Avec, à chaque fois, le même mode opératoire.

Dans le coffre de l’Audi accidentée au Cellier, les gendarmes ont ainsi retrouvé trois pieds-de-biche et une barre à mine. Certains de ses outils sont recouverts de la même peinture que les portes des banques fracturées en Dordogne. Et, « après les faits du Cellier, les casses opérés dans les Caisses d’épargne ont cessé », fait remarquer le ministère public. Les derniers braquages n’étaient d’ailleurs guère fructueux, selon les gendarmes, la banque, échaudée par ces attaques à répétition, ayant pris ses « dispositions ».

Il n’empêche : pour les avocats de la défense, il existe trop d’« incohérences » et d’« approximations » dans le dossier pour que le tribunal valide la démonstration de l’accusation. « Je concède qu’on n’a pas de preuve formelle (contre vos clients), mais suffisamment d’indices graves et concordants pour me convaincre de leur culpabilité », rétorque le magistrat du parquet. S’adressant au tribunal, il demande même de « relaxer les prévenus pour qui il existerait un doute raisonnable ». « Je n’ai pas envie d’associer le ministère public à une erreur judiciaire », insiste le substitut du procureur. « Mais si je réclame des condamnations à des peines de prison ferme, c’est que moi je n’ai aucun doute. » Entre 30 mois et 4 ans de prison ferme ont ainsi été requis à l’attention des six prévenus. Le jugement, attendu dans la soirée, devait être mis en délibéré.

Guillaume Frouin


* Les prénoms ont été modifiés