À la barre, les parents d'Émilie s'excusent

A la cour d'Assisesde Paris, Lucie Soullier

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Loïc Sécher a discuté avec Emilie, qui lui a demandé pardon.
Loïc Sécher a discuté avec Emilie, qui lui a demandé pardon. — A. Gelebart / 20 Minutes

L'émotion emplissait la salle n°3 de la cour d'assises de Paris, hier, pour la suite du procès en révision de Loïc Sécher. Après deux jours où les faiblesses de l'enquête ont été largement pointées du doigt, cette troisième journée était consacrée aux témoignages du père, de la mère et d'Emilie, la présumée « victime ».
Mardi, dans un moment poignant, la jeune fille s'était déjà rétractée devant la cour, avouant avoir menti en accusant Loïc Sécher de viol il y a dix ans. Une rétractation qu'elle a confirmée, hier, à huis clos. « Loïc Sécher et Emilie se sont parlés. Elle lui a demandé pardon », raconte Me Cécile de Oliveira, l'avocate d'Emilie. Pendant plus d'une heure et demie hier, droit face à la barre, le père a détaillé son désarroi face aux souffrances encore profondes d'Emilie. Scarifications, fugues, anorexie mentale… L'ancien militaire voyait sombrer sa fille depuis le début de l'année 2000. « On en crevait de la voir se détruire comme ça », confie-t-il, alors que la mère attrape la main de sa fille, enveloppée dans un survêtement rose bonbon.

Des experts imprudents ?
C'est un homme dérouté qui raconte à quel point « rien ne [lui] permettait de douter des accusations portées par Emilie », qui avait 14 ans à l'époque. Alors, lorsque le signalement de sa fille lui a fait penser à Loïc Sécher, il lui a demandé si c'était bien lui. « Elle a dit oui, je l'ai cru. C'était mon rôle de père. » Et comment lui reprocher ce que même les experts ne soupçonnaient pas ? Ainsi, hier matin, le docteur Marcel Zins-Ritter a lui même souligné qu'« il n'y avait pas de symptômes d'affabulation » en 2000. Même s'il avoue qu'il aurait pu être plus prudent dans son rapport...
« Si Loïc Sécher a été accusé à tort, je m'en excuse auprès de lui et de sa famille », finit par lâcher le père qui, lundi encore, refusait d'y croire. À la barre, la mère, un mouchoir à la main, est un peu perdue également : « Je suis désolée qu'il ait fait de la prison à cause de nous. » Mais l'avocat général refuse d'accabler les parents, séparés depuis 2007 : « S'il y a un responsable, c'est la justice. »