La créativité en son sein

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En choisissant de raconter son cancer du sein en photos, peintures, sculptures et films, Marine Bureau-Kohn a fait d'une pierre deux coups. Elle a d'abord créé une vingtaine d'oeuvres, présentées dans l'expo « Nib'Art » à la galerie du Crous*, dans le cadre des Semaines de la Ligue contre le cancer. Elle a surtout trouvé comment vivre au mieux sa maladie, et tous les traitements qui l'ont accompagnée pendant un an. Chaque nouvelle souffrance a été transcendée pour donner naissance à une oeuvre d'art. « J'ai eu envie de traduire mes maux », explique joliment Marine Bureau-Kohn, 49 ans, qui possède de nombreuses attaches familiales à Nantes, même si elle habite désormais en Dordogne.

Quand elle a commencé à perdre ses cheveux, après le début de sa chimiothérapie, en 2004, Marine a d'abord « chialé », impuissante face à « cette partie du corps qui t'abandonne ». Puis elle a rebondi. S'est découvert « un joli crâne ». Et a décidé de l'offrir comme toile vivante à des artistes. En résulte une série de photographies de sa tête peinte, prises par son mari, partenaire de cette démarche artistique et soutien indéfectible dans les moments les plus durs.

Le travail esthétique de Marine associe la brutalité des atteintes physiques ou psychologiques et les espoirs de guérison. Comme ces photos de sein et de crâne chauve qui se répondent. La première, J'aime pas, retrace la litanie des douleurs endurées : « Insomnies, vomissements, saignements de nez, ongles cassés, malaises... ». La seconde, J'aime, positive la maladie avec plus ou moins de dérision : « J'ai plus de coiffeur, d'épilation, j'arrête pas de faire la sieste, je reçois plein d'e-mails... »

En montrant ses oeuvres au public, comme l'an dernier à la Cité des sciences à Paris pour inaugurer la Semaine nationale contre le cancer, Marine Bureau-Kohn souhaite « faire changer le regard des autres sur le malade et la maladie ». Elle milite aussi pour un meilleur dépistage du cancer du sein, consciente de la chance qu'elle a eue d'être prise en charge suffisamment tôt pour pouvoir guérir.

Jérôme Jolivet

Rue Santeuil. A partir de ce soir et jusqu'au 31 mars.

Bob Kohn, son mari « J'ai vécu sa maladie au quotidien, avec les moments drôles et les moments pas drôles. Elle a décidé d'exprimer chacune de ses nouvelles histoires de la maladie à travers son art. C'est un boulot qu'on a fait tous les deux et on a cherché à avoir un discours cohérent sur l'ensemble de l'exposition. » Hélène Hamon, de la Ligue contre le cancer « Contrairement à d'autres maladies, le cancer n'a jamais été lié à la créativité alors qu'il y a plein d'artistes qui s'en servent pour exprimer leurs sentiments. C'est très important de pouvoir donner du sens à sa maladie. Ça peut aussi aider à se réapproprier son identité. »