Saut d'obstacles vers l'intégration

SOCIETE A Carquefou, un centre pour handicapés mentaux a recours à la «médiation animale»

Guillaume Frouin

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Betty, un berger australien de 3 ans, vient tous les mardis  à La Charmelière.
Betty, un berger australien de 3 ans, vient tous les mardis à La Charmelière. — F. ELsner / 20 Minutes

Un doux parfum de fête flotte, le mardi matin, à l'ADAPEI de Carquefou. Depuis le début de l'année, le centre pour handicapés mentaux de la Charmelière y reçoit la visite d'Aurélie Vinceneux et de sa chienne Betty. La jeune femme de 28 ans a en effet créé « Cœur d'Artichien », une association de « médiation animale », qui travaille à « tendre vers un mieux être et une valorisation » de cinq de ses dix-sept résidents. Tous présentent des « troubles envahissants du comportement » (autisme, trisomie…), avec des déficiences intellectuelles.

Le parcours d'obstacles imposé chaque semaine à Betty – qui a été éduquée plus jeune par une comportementaliste canin – leur a ainsi permis de faire de sérieux progrès. Fanny « prononce mieux certains mots » et a « créé des gestes pour communiquer avec l'animal », observe Pauline Viaud, une aide médico-psychologique du centre. René, 48 ans, soigne lui sa timidité maladive en parlant fort à la petite chienne. Jean-Paul, d'ordinaire assez brusque, apprend de son côté la douceur.

De même, les poils longs du berger australien se prêtent bien au passage d'une brosse, ce qui améliore à l'occasion la dextérité de Sophie. « Lors des balades à l'extérieur, la présence de Betty les rassure et leur permet de nouer des contacts avec d'autres promeneurs », relève encore Aurélie, sa maîtresse. « De plus, l'animal ne les juge jamais, il reste toujours naturel avec eux. »

La jeune femme – qui a suivi au préalable une formation universitaire en « médiation animale » à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), après ses études de psychologie – ne travaille pas qu'avec des handicapés mentaux. Chahyna, son autre berger australien, a ainsi redonné goût à la vie à une adolescente suicidaire. Eole, un jeune chien plein de fougue, canalise lui l'énergie d'ados hyperactifs.

Balou, un chat récupéré dans la rue, apprécie de son côté de se faire caresser par les résidents d'une maison de retraite. « Ça fait huit ans que je travaille dans le médico-social, mais c'est ma plus belle expérience professionnelle », souffle Pauline, l'aide médico-psychologique du centre, encore épatée. « Ça devrait être dans toutes les structures, tant ça me paraît à présent indispensable. »