« Ce drame bouscule nos croyances »

Frédéric Brenon

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Bouquets et messages s'entassant devant le lieu du drame, anonymes venus par centaines rendre hommage... L'assassinat des Dupont de Ligonnès suscite une émotion et un trouble largement partagés. Maître de conférences en psychologie clinique et pathologique à l'université de Nantes, Abdel-Halim Boudoukha analyse ce phénomène.
« Le sentiment collectif qui domine est l'effroi. On a tous un socle de croyances sur notre société, perçue comme plutôt sûre, prévisible et contrôlable. Et là, cet événement tragique, violent, va tout bousculer. Ça nous renvoie à l'angoisse de la mort, à notre propre fin. Plus on se sent proche des victimes, plus on se sent vulnérable. »

Un mystère aggravant
Des sentiments accentués par le profil ordinaire, presque modèle, de la famille de Ligonnès. « L'identification est facile et joue à plein. On avait le même schéma avec l'affaire Laëtitia. Sauf que le suspect, Tony Meilhon, était présenté comme un monstre, auquel on ne s'identifie pas. Cette fois, même le père de famille renvoie l'image de Monsieur tout le monde. » L'absence d'éléments d'explication augmenterait également la « fascination » du public. « On a besoin de donner un sens à de tels actes. Or, à ce stade de l'enquête, c'est impossible ». Chez certaines personnes, ce drame touche aussi car il « réveille des souffrances passées, sur le plan familial par exemple ». «Tous ces troubles sont normaux. Dans la plupart des cas, ils régresseront d'ici un mois.  »

obsèques cet après-midi

Les obsèques d'Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants seront célébrées aujourd'hui à 14 h 30, en l'église Saint-Félix. Afin d'assurer une certaine discrétion autour de la cérémonie, la mairie de Nantes a pris un arrêté interdisant le stationnement et la circulation sur la place Saint-Félix et dans les rues adjacentes.