Le coup de théâtre a tourné court

À Rennes, Camille Allain

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Le corps de la victime avait été retrouvé dans le canal Saint-Félix, fin 2006.
Le corps de la victime avait été retrouvé dans le canal Saint-Félix, fin 2006. — D. JOUBERT / REUTERS

Le procès, prévu le 15 février, avait été repoussé en raison de ces « nouveaux éléments ». La cour d'appel de Rennes, où comparaissaient hier les trois policiers nantais condamnés après la noyade de Taoufik el-Amri, a finalement rejeté le témoignage d'une amie du SDF un temps soupçonné de s'être battu avec la victime, juste avant sa mort. L'ouvrier tunisien de 33 ans avait été retrouvé noyé dans le canal Saint-Félix en décembre 2006, avec 3,74 g d'alcool dans le sang.

« Propos peu crédibles et confus »
Mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », Mehdi avait bénéficié d'un non-lieu, grâce à un alibi fourni par l'intéressée. Mais celle-ci était revenue depuis sur ses dires. « Ses propos sont peu crédibles et confus », a balayé d'emblée le président de la cour d'appel. « Des connaissances l'ont décrite comme une mythomane. » L'audience s'est donc rapidement recentrée sur la responsabilité des policiers. La nuit des faits, les trois policiers avaient contrôlé l'identité de Taoufik El-Amri, avant de le laisser partir. « Paniqués » par l'ampleur médiatique de l'affaire, ils avaient alors menti sur l'endroit où ils l'avaient déposé en état d'ivresse.
Condamnés en février 2009 à quatre mois de prison avec sursis pour « faux témoignage » et « délaissement », les trois hommes contestent la seconde accusation. « On a passé très peu de temps avec lui. On a remarqué qu'il sentait l'alcool mais il n'était pas ivre mort », se défend l'un d'eux. Plusieurs témoins ont pourtant assuré avoir vu l'homme tituber, « l'air perdu ». « J'ai l'impression qu'il faut trouver des responsables pour que quelqu'un mange », plaide la défense. Le parquet a requis la confirmation de la peine. L'arrêt de la cour d'appel est attendu le 10 mai.