Thérapie déviante sur le divan du psy

Guillaume Frouin

— 

A une patiente surprise de se faire caresser le sexe, il avait promis de lui « faire économiser des années de psychanalyse ». Charles C. et ses méthodes « atypiques » sont jugés depuis hier par la cour d'assises de Loire-Atlantique. Ce psychiatre nantais de 68 ans, aujourd'hui à la retraite, y comparaît jusqu'à vendredi pour « viols par une personne abusant de l'autorité de sa fonction » sur trois de ses patientes, à la fin des années 1990.

Il reconnaît des « dérapages »
Le Dr C. avait ainsi pratiqué ses « touchers-massages du Hara » sur le pubis de Karine, 20 ans, pour soigner son anorexie. Le but ? « Provoquer un choc émotionnel susceptible de favoriser le retour des règles ». Pour traiter la profonde dépression de Geneviève, 52 ans, le psychiatre préférait la « méditation de l'étreinte », où il enserrait sa patiente - d'abord habillée, nue à la fin - en récitant des chapelets. Fellations, cunnilingus et pénétrations digitales ont été, au fil du temps, ajoutés. Des « dérapages », convient le psychiatre, qui affirme néanmoins avoir agi « avec le consentement » de sa victime.
« J'étais comme une adepte dans une secte, et lui comme un gourou », a déclaré l'intéressée aux enquêteurs. « Je me disais que c'est un homme de science, donc il doit savoir ce qu'il fait. » Marie-Antoinette, la troisième plaignante, a elle aussi été « tétanisée » par le « traitement sur l'énergie des chakras » de son psychiatre, qui comprenait pénétrations digitales et caresses sur le sexe. « Il avait tissé sa toile comme une araignée, et j'étais sous son emprise », estime-t-elle avec le recul.

Obsédé de « spiritualité »
A l'examen de sa personnalité, le Dr C. semble présenter un rapport compliqué avec la sexualité. Issu d'une famille catholique du Vignoble, celui qui rêvait de devenir missionnaire a ainsi confessé avoir eu ses premiers ébats à 22 ans avec une prostituée. Le psychiatre, qui a trompé à plusieurs reprises sa femme, apparaît également comme un obsédé de « spiritualité ». Il est ainsi parti faire une retraite dans un monastère en Dordogne, après la dernière plainte dont il a fait l'objet.

Non-lieu

En 2000, la plainte de Karine avait fait l'objet d'un non-lieu, sur la base des expertises des confrères de l'accusé. « Si ses pratiques et ses références théoriques ne sont pas classiques, il a agi en tout état de cause sans aucune pensée pernicieuse et encore moins perverse », avaient estimé les experts. L'enquête avait été rouverte en 2007, à la lumière des autres plaintes déposées. En octobre 2009, une autre avait dû être classée sans suite, les viols dénoncés s'étant produits plus de dix ans auparavant.