L'hôpital public est malade de ses finances

Guillaume Frouin

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La convalescence s'annonce longue. Alors qu'ils se creusaient en 2007, les déficits des hôpitaux des Pays de la Loire se sont enfin stabilisés, selon un récent rapport de la chambre régionale des comptes (CRC). Sur les neuf établissements examinés par le gendarme des finances publiques, cinq accusaient encore, en 2008, 10 millions d'euros de pertes, surtout au Mans (Sarthe) et Laval (Mayenne). Deux petits hôpitaux (Challans et La Flèche) étaient eux excédentaires, tandis que le CHU d'Angers était lui à l'équilibre (lire ci-dessous).

Des pertes volontairement masquées
Il était temps de stopper l'hémorragie, plus grave que prévu : les déficits ont été délibérément « sous-évalués » par les hôpitaux, qui auraient « usé d'artifices comptables », affirme la CRC. Laval aurait ainsi perdu 6,4 millions d'euros en 2008 (et non 4,1 millions), et Le Mans 9,1 millions d'euros (et non 5,6 millions). « La réaction des autorités de tutelle a souvent été tardive : des aides ont été accordées sans contrepartie de réorganisations structurelles », déplore Catherine de Kersauson, présidente de la CRC.
Le diagnostic est simple, selon elle : l'activité des hôpitaux stagne, alors que leurs coûts continuent d'augmenter. « Il ne faut lancer que les investissements vraiment nécessaires et générant une activité qui va couvrir leur coût », préconise Patrick Bonnaud, qui a suivi le dossier à la CRC. « De même, sans réduire bestialement les effectifs, il y a des choses à faire dans l'organisation du personnel. Si un hôpital n'a pas pour but de faire des bénéfices, il n'a pas non plus vocation à accumuler les déficits. »

Fuite des patients de Saint-Nazaire
Les établissements de santé doivent ainsi à tout prix devenir plus attractifs par rapport aux cliniques privées, mais aussi entre eux. « A Laval, l'hôpital est peu performant et pâtit de la méfiance des médecins de ville », indique ainsi la chambre régionale des comptes. Même constat à Saint-Nazaire, où l'hôpital public connaît un « fort taux de fuite » de ses patients vers Nantes.

CHU de Nantes

Avec ses 10 000 salariés et ses 700 millions d'euros de chiffre d'affaires, le CHU de Nantes est l'un des plus gros organismes publics contrôlés par la chambre régionale des comptes, devant la mairie de Nantes ou Nantes métropole. Ce mastodonte, qui ne faisait pas partie de la vague de contrôles de la CRC, devrait bientôt être de nouveau inspecté. Lors de son dernier rapport, en mai 2008, le CHU de Nantes affichait ainsi 31,5 millions de pertes. La « saturation » de ses capacités d'accueil avait alors inquiété la CRC, car celle-ci limitait les possibilités d'augmentation de son activité.