Un dossier privé qui suscite la controverse

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La nouvelle galerie marchande serait créée depuis le premier étage du passage.
La nouvelle galerie marchande serait créée depuis le premier étage du passage. — B. BECHARD / 20 MINUTES

Lors d'un rare débat public initié récemment par l'association Forum Nantes Patrimoine, le philosophe André Péron, auteur d'un ouvrage sur Pommeraye, résumait son désarroi ainsi : « Tant que le projet n'est pas ficelé, il n'y pas de débat. Lorsqu'il sera fixé, le débat n'aura plus de raison d'être. » Loin de vouloir sanctuariser un passage classé monument historique depuis 1976, de nombreuses voix s'élèvent contre « une opération spectacle » qui ferait fi d'une réflexion sur le patrimoine.
Car la particularité du projet immobilier réside dans son caractère privé. Inauguré en 1843 pour servir de raccourci entre le port et le quartier Graslin, le passage Pommeraye a toujours été géré par ses copropriétaires (une soixantaine aujourd'hui). Et si le charme de cette rue couverte est un élément incontournable de la communication de la ville, celle-ci ne prend en charge que l'électricité. « L'entretien du passage, en très mauvais état, s'élève à plus de deux millions d'euros », déplore ainsi Yves Steff, architecte chargé de l'entretien. D'où l'intérêt de certains copropriétaires à privilégier un investisseur privé. A défaut d'un plan de rénovation proposée par la mairie. « On s'est engagé à participer à la restauration  », assure le promoteur Isséo.
Séduisante, la perspective attise toutefois les craintes : « La décision prise sera un vote financier et non patrimonial, s'inquiète un commerçant, sous couvert d'anonymat. Or il s'agit d'une opération de galerie d'hypermarché. Qui pourra se payer les baux pratiqués dans le secteur si ce n'est des enseignes nationales ? » La mairie a préempté en 2002 la galerie Moyon-Avenard et les ex-appartements du Crous. Avec l'idée de faciliter la réalisation du projet afin de dynamiser le commerce de centre-ville. Un argument recevable pour l'un des commerçants du passage. « Le centre est en train de mourir, tant mieux si on le fait bouger. » Et tant pis, si comme le pensent d'autres plus sceptiques, « un hall de gare vient cohabiter sans dialogue avec une galerie du 19e. » D.P.