Les musulmans lassés d'être « stigmatisés »

Guillaume Frouin

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La conférence du théologien suisse, hier à la mosquée Arrahma, était prévue de longue date.
La conférence du théologien suisse, hier à la mosquée Arrahma, était prévue de longue date. — J.-S. Evrard / AFP

C'était inévitable. La polémique sur la possible déchéance de la nationalité française d'un musulman « polygame » de Rezé, réclamée par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux après que l'une de ses compagnes ait été verbalisée pour avoir conduit voilée de son niqab (lire page 6), s'est invitée hier à la mosquée Arrahma des quartiers nord de Nantes. Le théologien suisse Tariq Ramadan y était invité pour une conférence-débat, prévue pourtant de longue date, sur l'intégration des musulmans dans la société française.

Les fidèles agacés par la polémique
Devant plusieurs centaines de personnes, l'homme a ainsi rapidement fustigé la « distraction stratégique » du ministre de l'Intérieur. « Cette décision répond à des fins strictement politiciennes », insiste-t-il. « Après le résultat des dernières élections régionales, Brice Hortefeux cherche à regagner le terrain perdu au Front national. » Pour autant, Tariq Ramadan ne prend pas fait et cause pour Liès Hebbadj, le musulman de Rezé au coeur de la polémique. « Le vivre ensemble passe par le respect des lois de la société française », martèle le théologien, loin de l'image sulfureuse qu'on lui prête parfois. « La polygamie n'est qu'une tolérance de l'islam, où la monogamie est le principe premier. Elle tombe dès lors qu'elle est interdite dans le pays où vous vivez. » Tariq Ramadan se fait également le chantre de l'ouverture culturelle. « Un bon musulman ne doit pas lire des livres qui ne portent que sur l'islam », insiste-t-il. « Il doit aussi connaître la beauté de la poésie française : c'est l'une des plus belles du monde ! ».
Reste qu'à l'extérieur de la mosquée, l'ampleur prise par la polémique agace de nombreux fidèles. « Beaucoup de Français sont mariés et ont plein de maîtresses », fait observer Séverine, 30 ans, venue avec son mari Amine et ses deux enfants. « Pour autant, on ne leur enlève pas la nationalité française... Là encore, on cherche à stigmatiser la communauté musulmane. »
« Je suis partagée », confie Naïma, une jeune femme de 35 ans qui travaille dans la prévention de la délinquance. « Si cet homme est réellement polygame, alors il doit être sanctionné. Mais quand on reçoit en France des chefs d'Etat notoirement polygames tels que Khadafi, comme par hasard cela ne pose plus de problème... »

Mosquée

érant d'une boucherie hallalà Pirmil et président d'une association musulmane, Liès Hebbadj cherche depuis six mois à faire construire une mosquéeà Rezé. La mairie a refusé de soutenir le projet, comme pour n'importe quelle autre religion.