coup dur pour la filière civelle de l'estuaire

Antoine Gazeau

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Les pêcheurs de l'estuaire craignent que les prix du kilo de civelle s'effondrent.
Les pêcheurs de l'estuaire craignent que les prix du kilo de civelle s'effondrent. — JS EVRARD/20 MINUTES

Il a suffi d'un coup de fil. Dans la nuit de samedi à dimanche, entre deux sas, les pêcheurs de civelle de l'estuaire de la Loire l'ont appris de la bouche de leur mareyeur : « A 2 h, les viviers sont fermés. On ne vous achète plus de capture. » Les professionnels de la filière sont en colère contre Bruxelles, qui hésite encore à autoriser un quota d'exportation d'alevins d'anguille vers l'Asie. Les scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM) ne cachant pas leur inquiétude pour cette espèce surpêchée, la décision promise le 23 janvier est décalée d'un mois. « En pleine saison, et alors que la pêche est plutôt bonne, c'est scandaleux », s'énerve Louis Vilaine, président de l'Association des pêcheurs professionnels de Loire-Atlantique.

Solidaire des mareyeurs en grève, son calcul est rapide : « Les viviers européens sont pleins. La Chine, elle, manque de stock... » Peu demandeur l'an dernier, l'Empire du milieu fait grimper les enchères cette année. « S'il ne concurrence pas l'Europe, les prix vont s'effondrer », anticipe un autre pêcheur. Payé environ 300 euros à la rivière la veille, le kilo de civelle en valait hier 200. « C'est ce que pourraient bientôt nous en demander les Espagnols ou Hollandais », s'inquiète le mareyeur Simon Le Cossec. Lui continue de travailler : « J'ai une commande en Europe du Nord, je dois livrer. » Surtout si l'occasion doit se raréfier...

Jusqu'à présent, les prix élevés permettaient souvent de compenser une raréfaction de l'espèce due au braconnage, à une « chenalisation » du bassin, à la disparition des zones humides ou à une moindre qualité de l'eau... « Un plan de repeuplement est dans les cartons, qui impliquerait un stockage et un élevage en civellerie, rappelle Louis Vilaine, conscient du phénomène. Mais en attendant, on doit pouvoir maintenir l'activité ! » Avec une délégation du coin, il a rencontré, dès hier matin, le député-maire de Royan, Didier Quentin (UMP), qui a l'oreille du ministre Dominique Bussereau : « Il peut plaider à Bruxelles. » A vrai dire, tous ont bon espoir. Mais ils restent toutefois méfiants. Réunis à Paimboeuf cet après-midi, pêcheurs et mareyeurs décideront s'ils bloquent le port ou non pour protester. Tout dépendra d'un coup de fil. W