La petite et grande histoire du tram nantais

Guillaume Frouin

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La mise en service du premier tramway moderneà nantes le 7 janvier 1985. Ici l'arrêt Commerce.
La mise en service du premier tramway moderneà nantes le 7 janvier 1985. Ici l'arrêt Commerce. — ARCHIVES MUNICIPALES DE NANTES

Il y a vingt-cinq ans, jour pour jour, le tramway faisait son grand retour à Nantes. Surnommé le « péril jaune » avant son arrêt en 1958, pour les nombreux accidents qu'il entraînait, le nouvel engin a très vite fait taire ses détracteurs. « Il neigeait le jour de sa mise en service », raconte Pierre-François Gérard, auteur de Nantes, une ville et ses transports, de 1879 à nos jours (éditions Victor Stanne). « Alors que les bus et les voitures étaient bloqués, le tramway était le seul véhicule à pouvoir circuler. C'était une belle revanche, tant on lui avait craché dessus. »

Le premier de ses opposants n'était autre que Michel Chauty, maire (RPR) de Nantes entre 1983 et 1989. L'homme a d'ailleurs refusé d'inaugurer officiellement le tramway moderne, qui avait le tort d'avoir été relancé par son prédécesseur (PS) Alain Chénard. « C'était un choix courageux à l'époque, qui lui a certainement coûté son mandat », rappelle André Péron, qui a écrit Nantes et son tramway (éditions Ressac). « Depuis la défaite d'Alain Chénard, les élus ont d'ailleurs compris qu'il ne fallait pas faire de travaux en même temps qu'une campagne électorale. »

Juste après son élection, en 1983, Michel Chauty a ainsi fait suspendre pendant un mois le chantier du tramway « pour tout remettre à plat et construire à la place des pistes d'autobus », poursuit Pierre-François Gérard. « Mais les travaux étaient trop avancés. Tout détruire aurait donné aux électeurs un sentiment de gaspillage préjudiciable. »

Les Nantais vont eux s'approprier leur tramway peu avant Noël 1984, lors de trois jours d'essai gratuits. « Le succès était absolument dingue », se souvient celui qui est aujourd'hui chargé de mission à la Semitan. « Les gens n'en revenaient pas de trouver un moyen de transport qui ressemble tant au métro de Paris. » L'image du « péril jaune » brinquebalant, bruyant et de faible capacité appartient dès lors au passé.

Après une première liaison entre Commerce et Haluchère, le tram va étendre sa toile au fil des ans. Aujourd'hui, quelque 265 000 personnes voyagent chaque jour sur ses trois lignes. Surtout, l'engin est complètement rentré dans la vie quotidienne des Nantais. « Pour son ouverture en 2002, le magasin Ikea l'avait complètement recouvert de publicité adhésive », se souvient Pascal Leroy, actuel directeur commercial de la Semitan. « Depuis, on renouvelle ce genre d'opérations deux fois par mois. »

Surtout, le tramway a entamé depuis Nantes sa reconquête de la France. Grenoble a ainsi emboîté le pas de la cité des Ducs dès 1987, alors que Paris a réamorcé en 2006 l'esquisse d'une rocade en tramway à l'intérieur de son boulevard périphérique. W