L'homme qui fait sourire la pierre

Caroline Bonnin Photos : Jean-Sébastien Evrard

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Bancs, sièges, mobilier urbain... Une dizaine de sculptures de Moïse Marthely sont dispersées sur cinq communes du département.
Bancs, sièges, mobilier urbain... Une dizaine de sculptures de Moïse Marthely sont dispersées sur cinq communes du département. —

« Avant, je me droguais au sport. Maintenant, je me drogue aux vibrations de mes moulures, à l'odeur de pierre. » Moïse Marthely, ancien haltérophile de haut niveau, a trouvé son bonheur dans les carrières. Ses trouvailles ? Des pierres qui peuvent peser jusqu'à plusieurs tonnes. Armé de lunettes et d'un casque anti-bruit, Moïse casse les pierres et les défonce au burineur. Un travail très physique qui génère beaucoup de poussière. « La pierre, c'est dur, ça rebute beaucoup de monde. Moi j'aime ça, je suis dans ma bulle. »

Le résultat ? Des blocs anti-stationnement qui se transforment en banc ou en siège, sous la forme d'une basket ou d'une grappe de raisin. En tout, une dizaine de pièces sont dispatchées sur cinq communes du département, notamment à Saint-Herblon, son lieu de résidence, près d'Ancenis. Son leitmotiv : faire de l'art utile, de l'art populaire, notamment dans des lieux où on ne l'attend pas, comme dans ce petit square, a priori sans intérêt, aux Bruyères, dans les quartiers nord de Nantes. De l'art utile en contribuant à l'amélioration des espaces.

« En détournant les blocs anti-stationnement, synonymes d'interdit et d'enfermement, je veux détourner ce qui nous a été imposé, de manière agréable. Je veux gommer cette notion de brutalité », précise ce natif du quartier de la Bugallière à Orvault. Moïse travaille également chez des particuliers en aménageant parcs et jardins. Tout a commencé lors de performances en 2005, « comme un défi », lance cet homme de 42 ans, qui a pour carburant la gnaque et le besoin de stimulation. « Quand j'ai vu que les gens appréciaient mes oeuvres, je m'y suis mis à fond. Depuis cette année, j'arrive à vivre de mon art. Ça m'a sorti de la misère. Avant, j'étais endetté et au chômage. »

Moïse, qui travaillait alors dans le bâtiment, venait de tout plaquer, du jour au lendemain. Besoin d'évoluer, de s'arrêter pour prendre du recul : « Je ne trouvais pas trop ma place dans le bâtiment. Puis j'ai quatre garçons, j'avais envie de leur laisser quelque chose dont j'étais fier. » Reconversion réussie. C'est une belle revanche sur son parcours parfois chaotique, sur ses échecs scolaires. « Je n'ai pas fait les Beaux-Arts. Pour moi, l'école, c'était une corvée aussi monumentale que les sculptures que je fais aujourd'hui. Maintenant, j'ai envie de transmettre l'envie d'entreprendre. » W

Du 5 au 31 décembre, Moïse Marthely organise des portes ouvertes dans son atelier-jardin, à Saint-Herblon. www.marthely.vpweb.fr.