À Saupin, les sans-abri mouillent le maillot

Antoine Gazeau

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Hier, l'équipe des sans-abri (en blanc) a remporté le tournoi de la Solidarité.
Hier, l'équipe des sans-abri (en blanc) a remporté le tournoi de la Solidarité. — J.-S. EVRARD / 20 MINUTES

« En short et crampons, point de différence entre un étudiant de l'Icam et un SDF. » D'une formule, Fabien Haettel, animateur du Secours catholique, décrit le spectacle. Sous ses yeux et des trombes d'eau dignes d'un 1er novembre, vingt joueurs se renvoient la balle. Des jeunes, des moins jeunes, des sans-abri, des gens à l'abri, bénévoles, étudiants ou fonctionnaires... Tous mouillés. Bienvenue au premier tournoi de football de la solidarité jamais organisé à Nantes par le collectif Remise en jeu, né à Paris il y a trois ans.

« Jouer au foot permet juste d'éprouver un peu de plaisir », résume Mickaël Iwu, un sans-abri à l'échauffement. Pas négligeable. Mais le sport, c'est aussi la santé, l'hygiène, la discipline, la gestion de l'échec, le collectif... « Les gens pauvres ont souvent moins besoin de boulot que de dignité et de respect », continue Fabien Haettel. Coup d'oeil sur le jeu. Sur le terrain de la Noë-Lambert s'affrontent l'équipe de France des sans-abri et treize autres formations locales. Pour la gagne, « parce que c'est aussi important d'inverser une dynamique de l'échec dévastatrice ». Et parce que se profile une finale à Marcel-Saupin, dans l'après-midi...

En attendant, préposé aux sandwichs, Harry Heymann est convaincu : « Après le Mondial 2006 des sans-abri, 50 % des joueurs ont retrouvé un logement ou un travail dans les six mois ! » En février dernier, avec deux amis nantais, il a fondé l'association Un peu de foot pour un meilleur futur. Tous les quinze jours, il tape la balle au Petit-Port avec une dizaine d'irréductibles, rencontrés notamment au restaurant social Pierre-Landais : « L'un d'eux se montrait toujours très agressif. Il a appris à se calmer au contact des autres : c'est aussi le but. »

« Ces initiatives ne doivent pas rester isolées, observe Jérôme Le Dû, membre du collectif Remise en jeu. A nous de les fédérer pour les rendre efficaces. » Un championnat inter-associatif du Grand-Ouest de lutte contre l'exclusion verra déjà le jour en septembre 2010. L'idéal ? Organiser un championnat national d'aussi bonne facture que la compétition francilienne, où évoluent tous les joueurs tricolores. Lesquels, au passage, ont terrassé (7-1) une équipe étudiante, hier, en finale à Saupin. W