Prêts au rabais chez « Ma Tante »

Guillaume Frouin

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Les objets déposés en gage au Crédit municipal de Nantes (CMN) sont-ils « considérablement sous-estimés » ? Oui, à en croire le dernier rapport de la chambre régionale des comptes (CRC), présenté demain au conseil municipal. « A titre d'exemple, des bijoux en or et perles estimés 40 euros ont donné lieu à un prêt de 30 euros, avant d'être revendus 190 euros quatre mois plus tard », écrit la CRC. « Cette sous-estimation dessert le dépositaire, le prêt se révélant insuffisant pour couvrir ses besoins. » Selon les auteurs du rapport, elle porte aussi préjudice au CMN, « qui se prive des intérêts qu'il percevrait si les évaluations étaient un peu plus généreuses ».

Mais ce n'est pas tout. D'autres « insuffisances » et « irrégularités » ont été relevées par les magistrats dans la gestion de l'établissement entre 2002 et 2007. Normalement limitée à douze mois, la durée des prêts peut ainsi atteindre trois ans au CMN, en accumulant des prolongations successives. Ben, un Nantais de 36 ans, a ainsi renouvelé, hier, chez « Ma Tante », le prêt consenti il y a deux ans en échange des bijoux de sa femme. Il a, par exemple, obtenu 350 euros pour une bague évaluée à 1 200 euros. « Quand il ne vous reste plus que 30 euros au milieu du mois, vous n'avez pas le choix », explique ce père de cinq enfants. « Peut-être qu'ils sous-estiment les objets, mais ils nous rendent bien service. S'ils avaient surévalué ma bague, j'aurais pris l'argent et ne serais jamais revenu. »

« En sous-estimant les objets, le remboursement est plus facile », justifie, de son côté, Pascal Bolo, adjoint (PS) aux Finances de Jean-Marc Ayrault et vice-président du CMN. « Et, quand le déposant ne peut pas récupérer son objet, la plus-value enregistrée aux enchères lui est de toute manière remboursée. C'est une question de bon sens. » W