le milieu nantais se défend contre la « mafia judiciaire »

à Quimper, Guillaume Frouin

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Le box des accusés, très énervés, a dû être évacué à deux reprises. Le procès des tueurs présumés de Bernard Algret, présenté comme une « figure du milieu nantais », s'est ouvert hier dans une ambiance électrique devant la cour d'assises du Finistère, à Quimper. Commanditaire présumé de l'assassinat, Jose Antonio Freitas (42 ans) s'en est pris d'emblée à la « mafia judiciaire », coupable selon lui d'avoir « magouillé » un dossier dans lequel il ne cesse de clamer son innocence depuis son incarcération, il y a trois ans et demi.

Gérant du Sux'S et du Guily Guily Show Bar, deux bars à hôtesses situés près de la gare de Nantes, « Tonio » risque gros dans ce procès, prévu pour durer trois semaines. Déjà condamné en 1993 à Nantes pour un braquage avec prise d'otage, Jose Antonio Freitas est accusé par les enquêteurs d'avoir fomenté un règlement de comptes à l'ancienne contre « Nanard le Nantais », autre gérant de bars du même type, qui l'aurait « dénoncé et envoyé en prison » par le passé. « Ce différend était réglé, Tonio était passé à autre chose », dément son avocat Fabrice Petit, qui voit une « cabale » des quatre autres accusés pour faire porter le chapeau à son client.

Reste que les enquêteurs ne sont pas du même avis. Pour assouvir sa vengeance, Freitas aurait trouvé un allié en la personne de Christian Soler, dit « Chiffon », ex-employé de Bernard Algret et lui aussi brouillé avec la victime.

Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2005, avec trois autres complices, « Chiffon » serait donc parti enlever Algret dans sa maison de Bénodet (Finistère), où la victime avait déménagé entre-temps pour gérer ses bars de nuit de Brest. Le quatuor l'aurait alors rapatrié sur Nantes, ligoté dans le coffre d'une voiture, avant de lui faire subir une torture d'une sauvagerie inouïe. Après avoir reçu une balle dans la cuisse, Algret avait vu ses genoux perforés à la perceuse. Il avait aussi reçu des coups de barre à mine, couplée à une matraque électrique. La même barre qui lui fracassera le crâne, sur un terrain de la rue de la Papotière. Son corps, lesté d'un parpaing, sera finalement jeté en Loire. Il ne sera retrouvé qu'en mai 2006, en état de décomposition avancée, par un promeneur à Frossay.

« On n'avait pas prévu de tuer Algret, seulement de lui foutre la trouille de sa vie », a tenté d'expliquer un accusé au cours de l'instruction. « On était partis pour faire un cambriolage qui devait nous rapporter 30 000 euros », a abondé hier devant les jurés Pierre Kolye, 30 ans, un des hommes de main du commando. Une version qui ne semble pourtant pas correspondre avec le lourd armement dont s'était équipé le quatuor. W