Les géants passent de l'Erdre à la Spree

à Berlin, David Prochasson

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Nul ne connaît la suite du voyage. Invitées à célébrer le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, les marionnettes de la compagnie nantaise Royal de Luxe ont quitté hier la capitale allemande. Après trois jours de vives émotions, la Petite Géante et son oncle, le Scaphandrier, ont levé l'ancre vers l'est. Tout un symbole. En chemin, les deux créatures ont rendu à la population des milliers de lettres censurées par la Stasi, la police politique de l'ex-RDA. « Ces géants sont un cadeau offert par la France, considère Harri, un Berlinois de 73 ans. Voir autant de gens réunis au même endroit qu'il y a vingt ans, on ne pouvait rêver mieux. »

La veille, jour anniversaire de la réunification de l'Allemagne, les deux Géants avaient scellé leurs retrouvailles au terme d'une longue marche dans la ville. Alors que la foule l'exhortait à se lever, le Scaphandrier a d'abord surgi des eaux de la rivière Spree. Du haut de ses 15 m, le géant a arpenté l'ouest de la ville et ses larges avenues. « La topographie de la ville le rend peut-être plus petit qu'à Nantes, explique un des soixante manipulateurs vêtus de rouge. Mais il reste gigantesque. »

Pendant ce temps, sa nièce, sourire malicieux, paradait à l'est. Sucette à la main à Check-point Charlie, célèbre point de passage entre les deux Allemagne, ou d'humeur guillerette sur des airs de Piaf dans l'ex-no man's land de Potsdamer Platz, la Petite Géante a parcouru des lieux symboliques de l'ex-RDA.

Il a fallu attendre la fin d'après-midi pour assister aux retrouvailles entre la nièce et son oncle. Le Scaphandrier, jovial, improvisait un « moonwalk » sur une musique de Michael Jackson.

La petite fille, impériale, se hissait dans les airs. Pendant de longues minutes, elle est restée suspendue au-dessus de l'imposante porte de Brandebourg, avant de redescendre de l'autre côté. Comme on enjambe un mur. D'Ouest en Est. Un exploit que seul Royal de Luxe pouvait se permettre. « En 1989, des familles déchirées ont pu se retrouver, explique un couple de trentenaires qui a vécu son enfance à l'Est. Ces deux géants symbolisent bien ces retrouvailles. » W