« Les agressions se multiplient »

Recueilli par Guillaume Frouin

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J.-S. EVRARD / 20 MINUTES

Vous appelez à un rassemblement contre l'homophobie demain, à 17 h 30, place Royale. Pourquoi ?

Nicolas Liebenguth : On assiste à une recrudescence d'agressions homophobes depuis le début de l'année à Nantes. La plus grave a eu lieu en juillet square Mercoeur [lieu de drague homo], où l'un de nos adhérents a été frappé tôt un matin par quatre garçons et une jeune fille. Certains d'entre eux seront jugés demain matin au tribunal.

Au total, combien d'agressions avez-vous recensé ?

Une demi-douzaine en neuf mois, soit davantage que sur toute l'année 2008. Elles sont surtout de plus en plus violentes. C'est beaucoup pour une ville comme Nantes, plutôt gay-friendly. Un couple de lesbiennes a ainsi été pris à parti place du Cirque, au simple motif qu'elles se tenaient la main.

Comment l'expliquez-vous ?

Le succès de notre dernière Gay Pride, où 6 000 personnes étaient venues en mai, a suscité les rancoeurs des extrémistes. Le débat sur l'homoparentalité a également joué. Ces agressions révèlent bien une non-acceptation des différences. Il y a encore beaucoup de travail à faire.

Qui sont les agresseurs ?

Il n'y a plus de portrait-robot. Ce ne sont pas des jeunes politisés... La plupart viennent simplement « casser du pédé », parce qu'ils n'ont pas été éduqués par des parents ouverts d'esprit.

Quelles sont les réactions au sein de la communauté LGBT ?

Certains ont peur. Une majorité d'entre nous ne se montrent plus en couple dans la rue, alors que tout cela avait tendance à se libéraliser. Les agressions ont refroidi tout le monde. Personnellement, j'ai le sentiment de revenir dix ans en arrière. A l'époque, sur les lieux de drague, chacun avait un « sifflet de secours » en cas d'agression... Va-t-on devoir y revenir ? W