Bidonville en sursis à Chantenay

Guillaume Frouin

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Derrière la gare de Chantenay, 80 familles roms squattent un terrain municipal.
Derrière la gare de Chantenay, 80 familles roms squattent un terrain municipal. — B. BECHARD / 20 MINUTES

« On s'apprête à vivre notre petit Calais. » Christina Chauvin, bénévole du collectif Romeurope, dresse un parallèle entre l'évacuation de la « jungle » calaisienne et celle, imminente, du plus grand camp sauvage de Roms de Nantes. A Chantenay, derrière la gare SNCF, près de 80 familles s'apprêtent en effet à être délogées de ce terrain municipal occupé illégalement, sans eau courante, où les caravanes délabrées jouxtent des baraquements de bois et de tôle. Pour ses occupants, tous les recours juridiques ont été épuisés, et la trêve hivernale des expulsions débute le 1er novembre.

Leur expulsion intervient alors qu'en parallèle, Nantes Métropole a décidé de fermer le terrain aménagé de Cheviré, l'un des trois ouverts en 2005 pour favoriser l'insertion des Roms dans le parc social. « A l'époque, c'était une avancée, Nantes était citée en exemple partout en France », soupire Christina Chauvin. « Il faut être réaliste : on n'intégrera jamais les 1 200 Roms de l'agglomération », rétorque Gilles Nicolas, adjoint à la tranquillité publique de Jean-Marc Ayrault, qui préfère avoir « une démarche plus cadrée » en direction des Roms. « Leur accueil relève d'ailleurs de l'Etat, qui leur fera certainement des propositions d'aide au retour en Roumanie. »

Problème : les allocations familiales et le système de santé français sont plus avantageux que les 160 euros du smic roumain. « Ici, on ne vole pas, on reste tranquilles : on veut juste travailler », confirme Bujor, 26 ans, cantonné comme ses compatriotes aux seuls « métiers en tension » (BTP, nettoyage, maraîchage...). Mais la volonté ne suffit pas : un véritable « parcours du combattant administratif » attend les Roms pour obtenir des autorisations de travail, affirment les associations. W