La grande allumée de l'électro

David Prochasson Photos : Serge Pouzet

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La Nantaise Rebeka Warrior, alias Julia Lanoë, déploie une panoplie d'artifices pour alimenter son personnage déjanté.
La Nantaise Rebeka Warrior, alias Julia Lanoë, déploie une panoplie d'artifices pour alimenter son personnage déjanté. —

On l'a vu se momifier un soir de furie, clavicule cassée, à moitié nue sur la scène de l'Olympic. C'était en 2007. Rebeka Warrior s'était « cryogénisée ». Au grand regret de ses fans. Il fallut attendre les beaux jours du dernier printemps pour que la chanteuse de Sexy Sushi, le duo électro le plus débile de la Cité des ducs, se décongèle enfin. « C'était pas Hibernatus, rassure-t-elle aujourd'hui. On devait revenir, rien que pour l'appât du gain. »

Dans la foulée d'un album, Tu l'as bien mérité, aussi vulgaire que jubilatoire, son groupe Sexy Sushi joue demain au festival Scopitone*. Flanquée de Mitch Silver - le DJ du collectif Valerie (Anoraak, Minitel Rose) -, Rebeka Warrior fait tourner « la roue de l'infortune ». « Les concerts avec une set-list, c'est chiant. Là, c'est le public qui décide des morceaux en faisant tourner la roue. » Avis aux imprudents : le hasard n'exclut pas de devoir jouer trois fois le même morceau. En cas de banqueroute, le groupe arrête net le concert. « C'est le jeu, mais si le public n'est pas trop con, il triche. »

Demain, Reby Combat invitera sur scène les catcheurs à moustache, ces dessinateurs nantais qui s'affrontent dans des joutes graphiques. Un univers aussi délirant que le sont les facéties de la chanteuse. Dans ses textes, elle ironise sur les pétasses, le bling bling ou l'ex-ministre de la Justice : « Rachida, mon p'tit chat /T'as besoin que d'un seul doigt/Pour m'envoyer en prison », chante-t-elle avec une sensualité provocante. « Elle est très liée à la culture punk et gay, explique Cécile Arnoux, de Trempolino. Derrière le côté fun, il y a une revendication sexuelle et citoyenne. »

A ses débuts, Sexy Sushi était produit par l'asso nantaise Wonderground qui soutient les artistes alternatifs féminins. Pour autant, Rebeka Warrior refuse l'étiquette de féministe : « Je n'ai jamais capté ce que cela voulait dire. » Coupe à la garçonne, en permanence dans la dérision, la chanteuse de 31 ans se dit hédoniste. « Je suis comme Carlos. J'aime profiter. A part ma mère, il n'y a rien de sérieux. » Sur scène ou à moto, elle multiplie les fractures sans se ménager : « J'aurais dû m'appeler Jean-Michel Cascade. » Mais derrière le masque, Rebeka Warrior, alias Julia Lanoë, est aussi la chanteuse de Mansfield Tya. Un duo avec la violoniste Carla Pallone dans un tout autre genre. Sensible et mélancolique. A mille lieux des incantations parodiques de Sexy Sushi. W

* Concert complet. Jusqu'à dimanche à la Friche numérique, rue de La Noue-Bras de Fer.