à tougas, l'ancienne décharge commence à peine à s'essouffler

Texte : Guillaume FrouinPhotos : Jean-Sébastien évrard
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   C'est l'histoire d'une plaine marécageuse de bords de Loire, transformée en trente ans en colline artificielle. Une colline de déchets. Entre Saint-Herblain et Indre, plus de 5 millions de mètres cubes d'ordures sont enfouis sous terre, là où l'ancienne décharge de Tougas poussa, telle une verrue, entre 1960 et 1992. 

   Le site, qui s'étale sur soixante-dix hectares et deux kilomètres de long en bordure de la ligne SNCF reliant Nantes et Saint-Nazaire, est depuis placé sous sur­­­­­­veil­lance pour une période réglementaire de trente ans. Une couche d'argile est venue imperméabiliser les flancs de la colline, et quatre-vingt-trois petits puits y recueillent le jus de décomposition des déchets. Chaque jour, une centaine de mètres cubes sont aspirés pour assurer la dépollution du site. 

   Car, malgré les apparences, l'ancienne décharge de Tougas vit toujours. Elle rejette des gaz, qui ont même fait office un temps de gisement d'énergie inattendu. Les installations de Tougas s'y alimentaient en électricité entre 2000 et 2007 via un groupe électrogène. 

   « La qualité des gaz n'est plus suffisante, estime Michèle Gressus, la vice-présidente de Nantes Métropole en charge de la gestion des déchets. Quelque part, c'est bon signe. Cela veut dire que la décharge commence à s'essouffler. » 

   Aujourd'hui, le site est ouvert aux joggeurs, promeneurs et férus de modélismes. Une allée, bordée de pins, a été aménagée. Et hermines, vipères et renards gambadent au milieu des orchidées et des marguerites. « Il y a même des hérons, mais ça nous embête car ils mangent les grenouilles », sourit Patrick Phillippart, 46 ans, responsable de la maintenance des installations de Tougas. L'homme a grandi à Basse-Indre, au pied du « crassier » comme il l'appelle, et habite désormais à Saint-Herblain. « Quand j'emmène les gens de ma famille se promener ici, personne ne reconnaît le site. Ils ont gardé le souvenir des odeurs et des nuisances. » 

   « A l'époque, une population plus que misérable venait récupérer ici des déchets, pour faire vivre toute une économie parallèle, se rappelle Michèle Gressus. Des goélands survolaient en per­manence la décharge. Il y avait aussi des sacs plastiques envolés des kilomètres à la ronde. » 

   Ferraille, pneus, batteries de voitures... Au final, nul ne sait précisément ce qui a été enfoui dans la plus grosse décharge de la région nantaise. « On est tous un peu propriétaires : chacun a jeté ici au moins une boîte de conserve », philosophe Patrick Philippart. W