Il ne laisse personne de marbre

Antoine Gazeau Photos : Jean-Sébastien Evrard

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Chaque jour, sauf le lundi, ce Mayennais de 31 ans se badigeonne de maquillage et de talc pour surprendre les passants nantais.
Chaque jour, sauf le lundi, ce Mayennais de 31 ans se badigeonne de maquillage et de talc pour surprendre les passants nantais. —

Il a les yeux marron, le crâne un peu clairsemé, un diamant à l'oreille gauche... et les Nantais l'ignorent. Au café, il gesticule pour s'exprimer, débite deux cents mots à la seconde, et ça, les Nantais ne peuvent pas s'en douter. Cédric Graffin, ils le connaissent plutôt immobile et blanc... Voilà une décennie que ce Mayennais de 31 ans incarne la « statue vivante » postée rue de la Marne, quartier Decré. Pas le lundi, « les magasins sont fermés ». Mais les autres jours, de 10 h 30 à 18 h, surtout les mercredis et samedis. Parfois, il s'installe place Royale, prend le train pour Angers, pour Les Sables-d'Olonnes, comme tous les étés depuis dix ans, va de ville en ville comme un troubadour, qu'il est finalement. Il a le choix : Cédric est la seule statue à pouvoir bouger dans l'Ouest.

Mais rue de la Marne, il a vraiment trouvé « son » spot : « On trouve toujours des passants qui ne me connaissent pas. » Cédric estime traumatiser deux ou trois enfants par jour en leur faisant « les gros yeux ». Autour de lui, le public est de plus en plus assidu. Il donne aussi de moins en moins, note l'homme statue. « Quand on va au cirque, on paye. Certains me croient salarié de la mairie... » Une mamie s'en était même émue devant lui : « Voilà ce qu'ils font de nos impôts. » Que nenni. L'apprenti boulanger, ex-employé de Sodebo en Vendée, est devenu artiste. Statue, c'est un boulot à plein temps. Un travail sur soi, surtout, que la sophrologie facilite. Et plein de petits trucs que Cédric ne dévoilera pas. C'est son grand frère qui les lui a appris : lui-même était statue à Saint-Malo il y a des années, comme encore un autre frangin à Paris ! C'est à cause d'eux que le benjamin s'applique aujourd'hui un tube de maquillage et 250 grammes de talc par jour.

Il raconte ses souvenirs avec agitation. C'est que Cédric, toute la journée, reste concentré, n'a « ni chaud ni froid ». Ou si, parfois, quand un chien se soulage à ses pieds. « Je suis une statue, il faut assumer... » Une fois par heure, Cédric s'accorde une pause cigarette. L'occasion de ramasser son chapeau, aussi : « L'autre jour, un SDF me l'a volé... Je lui ai couru après. Comme je plisse les yeux, les gens croient que je ne vois rien. Mais je distingue les mouvements. » Et il entend. Les surprises, les disputes : « C'est une vraie statue ou non ? » A l'avenir, il voudrait étonner un peu plus, se renouveler. Cet été, Cédric envisage d'aller faire un tour sur les Ramblas de Barcelone, La Mecque des statues vivantes. Là-bas, il ne sera pas seul. W