Nantes : L’espace Agnès-Varda accueille de plus en plus de femmes démunies

SOCIAL L'équipement, qui rassemble restaurant social et bains douches, voit passer entre 600 et 1.000 usagers par mois

Julie Urbach
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Les bains douches de Nantes, situées dans l'espace Agnès-Varda
Les bains douches de Nantes, situées dans l'espace Agnès-Varda — J. Urbach/ 20 Minutes
  • L'espace Agnès-Varda a ouvert il y a deux ans, sur l'île de Nantes.
  • La part des femmes augmente pour atteindre 7% du public en grande précarité reçu ici.

Restaurant social au rez-de-chaussée, bains-douches au premier étage, coin bibliothèque, laverie, salles d’accueil et d’activités… Ouvert il y a deux ans sur l’île de Nantes, l’espace Agnès-Varda, réservé aux personnes les plus démunies, « a su démontrer sa nécessité », constate la mairie (PS) de Nantes à l’occasion d’un premier bilan. En 2021, 31.014 prestations ont été comptabilisées (douches prises et repas servis), soit une fréquentation de 600 à un millier d’usagers par mois dans ce vaste bâtiment, qui est resté ouvert pendant toute la crise sanitaire malgré les confinements. Si le public reçu est largement masculin, de plus en plus de femmes en précarité s’y présentent, pour atteindre 7 % des bénéficiaires, en 2021.

Abbassia Hakem, adjointe en charge des solidarités, constate cette évolution du public. « Il y a trois grands profils, celles qui sont en rupture familiale ou professionnelle, d’autres qui ont un parcours de rue parfois très difficile, mais aussi tout un public de femmes migrantes. » Conçu pour accompagner ces nouvelles populations, l’espace Agnès-Varda a doublé son nombre de douches (dont l’accès est désormais gratuit), et peut ainsi réserver plusieurs cabines aux femmes. Un espace baignoire adapté aux familles, souvent des femmes seules avec petits enfants, a également été aménagé. « Il est hélas particulièrement utilisé en ce moment », note Laurence Rivet, directrice de l’établissement. Un sociocoiffeur et une socio-esthéticienne interviennent ponctuellement pour « travailler sur l’image de soi ». Un distributeur de protections périodiques gratuites a récemment été installé.

L'espace Agnès-Varda, regroupant les bains-douches et le restaurant social, sur l'île de Nantes
L'espace Agnès-Varda, regroupant les bains-douches et le restaurant social, sur l'île de Nantes - J. Urbach/ 20 Minutes

« Le danger est partout »

Claudie, elle, n’a pas « encore » eu besoin de venir faire sa toilette ici. Mais cette femme de 44 ans fréquente très régulièrement et depuis plusieurs années le restaurant social, où elle peut déjeuner pour 1,75 euro. « Je n’ai plus d’aides et serai bientôt expulsée de mon logement, raconte-t-elle. Donc je viens tous les jours, histoire de bien manger au moins le midi. » Cette femme coquette, qui a connu « les difficultés et la violence » apprécie de retrouver « un lieu sympathique » où elle anime des ateliers couture qui lui font « reprendre confiance » en elle. « C’est vrai qu’il y a plus de femmes, constate-t-elle. Peut-être qu’avant, elles n’osaient pas… Mais c’est tellement difficile d’être dans la rue, et femme en plus. Les hommes, le harcèlement… Le danger est partout. »

Si l’espace Agnès-Varda ne propose pas d’hébergement, une nouvelle halte de nuit pour femmes a été ouverte le mois dernier dans le foyer Saint-Martin, par l’association les Eaux Vives Emmaüs, avec la ville de Nantes. Ce lieu pérenne, qui dispose de 16 places, accueille celles « qui ont besoin d’une mise à l’abri urgente, pour créer une continuité dans les parcours et éviter toute mise à la rue », explique la mairie. « Notre objectif est que les femmes puissent venir se reposer en toute sécurité la nuit et qu’elles soient accompagnées », précise Abbassia Hakem.