à L'Atelier, vous payez pour mettre les mains dans le cambouis

Guillaume Frouin photos : Je an-sébastien EVRARD

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Qui n'a jamais eu le sentiment, à tort ou à raison, de se faire escroquer

par son garagiste ? A L'Atelier, la question ne se pose pas. Ce garage associatif, installé au fond d'une petite cour pavée rue Paul-Bellamy à Nantes, propose à ses adhérents d'apprendre à réparer eux-mêmes leur voiture. Une façon de « démystifier la mécanique » et d'être « un contre-pouvoir au système en place », explique Christian Felten, l'un des quatre mécaniciens permanents de l'association.

L'Atelier, né dans la foulée de l'élection de François Mitterrand en 1981, compte ainsi aujourd'hui environ 300 membres, de 17 à 70 ans. Leur cotisation annuelle, qui peut aller de 60 à 956 euros, varie selon le montant de leurs revenus et leur situation familiale. Christèle Marin, une esthéticienne à domicile de 42 ans, paye ainsi 426 euros par an pour réparer elle-même sa vieille Renault 21 blanche. L'engin, bientôt vingt ans et 320 000 km au compteur, semblait souffrir de l'alternateur lors de sa dernière visite. « En dix ans, L'Atelier m'a fait faire d'énormes économies », confirme l'esthéticienne, bleu de travail sur les épaules et tournevis en main. « L'an passé, en revanche, c'était moins valable : pendant neuf fois, je n'ai pas eu de réparation à faire ! »

Rozenn, 27 ans, arrive au même moment au volant de son fourgon Citroën C25, dans lequel elle vit. Depuis son arrivée en janvier, elle aussi a gagné de l'argent au garage associatif. « Lors de ma première visite, je croyais que ma boîte de vitesse était morte », relate la jeune femme, debout au fond de l'une des quatre fosses de L'Atelier. « En fait, c'était juste une fuite, beaucoup moins grave que prévu. »

Les pièces de rechange, elles, restent évidemment à la charge de l'adhérent. Mais une « remise de 10 à 30 % » sur le prix à l'unité est souvent négociée auprès des fournisseurs de L'Atelier, qui s'approvisionne aussi dans les casses auto pour les pièces d'occasion.

« La comparaison économique ne nous intéresse pas », tranche toutefois Christian Felten. « Nous sommes d'abord une alternative à l'économie de profit, basée sur une organisation mutualiste, démocratique et autogérée. » Une simple question d'« éducation populaire », donc, et d'« échange de savoirs ». Pour apprendre la mécanique sans péter une durite. W