Nantes : Tram, pont, vélo... Les Mobilitains jugent sévèrement la stratégie métropolitaine des transports

MOBILITE L'association citoyenne considère le projet de nouvelles lignes de tramway sur l'île de Nantes bien trop coûteux au regard de sa performance. Elle préconise de miser sur le train en valorisant les voies ferrées existantes

Frédéric Brenon
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Un cycliste et un tramway circulent sous une des voies ferrées de l'île de Nantes.
Un cycliste et un tramway circulent sous une des voies ferrées de l'île de Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Les Mobilitains regroupent des Nantais passionnés de transports collectifs.
  • Ils critiquent la création annoncée de nouvelles lignes de tramway sur l’île de Nantes, choix qui ne répondrait « pas aux enjeux ».
  • Ils se montrent aussi sévères envers ce qui est mis en place pour développer la pratique du vélo.

Les élus de Nantes métropole se réunissent en conseil métropolitain ce jeudi et, comme à chaque session, il sera question d’investissements en faveur des transports en commun, du tramway en particulier. Depuis la réélection de Johanna Rolland (PS), Nantes métropole a confirmé un ambitieux plan de développement des transports doux basé, en grande partie, sur la création de trois nouvelles lignes en site propre (deux de tram, une de busway) à l’horizon 2027. Séduisante sur le papier, cette stratégie est pourtant largement critiquée par une association citoyenne réunissant « entre 120 et 150 » Nantais passionnés de transports : Les Mobilitains. Ce groupe « apolitique », plutôt défavorable à la voiture individuelle, reproche à la collectivité, pour commencer, de ne pas exploiter les lignes ferroviaires existantes.

« Nous aimons le tramway, c’est évidemment mieux qu’un bus, explique Jeff Abrahamson, président des Mobilitains. Mais le projet de mini lignes desservant l’île de Nantes coûte une somme astronomique et ne permettra pas de répondre vraiment aux enjeux. Les gens qui iront au futur CHU depuis le sud ou le nord du département ne viendront pas en tramway. C’est d’une connexion lointaine dont ils ont besoin. Ces quelques kilomètres de tramway sont d’autant plus regrettables que des voies ferrées traversent déjà l’île de Nantes et sont sous-exploitées. Pire, alors que des métropoles cherchent à développer le chemin de fer, nous, on s’apprête à enlever des rails au niveau de la Gare de l’Etat. Ce n’est pas cohérent. »

Pas convaincus par le projet Anne-de-Bretagne

Les Mobilitains, qui regrettent le « manque de coopération entre la métropole et la région » au sujet du ferroviaire, préconisent d’ajouter des trains de voyageurs sur et vers l’île de Nantes et de construire trois petites gares intermédiaires : au niveau du CHU, au niveau du quai des Antilles et, surtout, à Beaulieu. Ils suggèrent aussi de remettre en service la voie ferrée allant jusqu’à Bouguenais via Atout sud et, une autre, allant jusqu’à l’aéroport. « Depuis l’île de Nantes, on pourrait avoir des liaisons directes vers Grand-Lieu, Savenay, Clisson, Pornic ou Châteaubriant. Le tracé, les rails, existent déjà, c’est une chance à saisir », insiste Jeff Abrahamson.

La station Vincent-Gâche sur l'île de Nantes (illustration).
La station Vincent-Gâche sur l'île de Nantes (illustration). - F.Brenon/20Minutes

Dans le même esprit, les Mobilitains sont sceptiques sur le projet d’élargissement du pont Anne-de-Bretagne. « Les bénéfices en termes de mobilité sont peu évidents. On ne sait d’ailleurs toujours pas où passera précisément le tramway. » Ils préféreraient un nouveau pont proche du Hangar à bananes pour apporter un « nouveau point de traversée » et permettre la « connexion de la voie ferrée venant de Chantenay avec celle de l’île de Nantes ».

Des pistes cyclables sécurisées, pas des bandes

L’association se montre également critique envers ce qui est entrepris pour les déplacements à vélo. « Le plan de la métropole devrait être beaucoup plus ambitieux, considère Jeff Abrahamson. Ce qui a été fait ces dernières années ce sont surtout des bandes cyclables peintes au sol et non des pistes cyclables sécurisées. Ce n’est pas du tout la même chose. Circuler sur une bande cyclable avec un enfant au contact des voitures, c’est parfois effrayant. Il y a quelques exemples de pistes à Nantes plutôt bons mais, si on veut des résultats, il en faudrait nettement plus, quitte à avoir des aménagements provisoires. Il en faudrait en particulier dans les communes périphériques, ces territoires sont parfois oubliés. » Nantes métropole prévoit tout de même d’investir 115 millions d'euros jusqu’à la fin du mandat (2026) pour le développement du vélo. « Ça paraît beaucoup. Mais quand on regarde les sommes dépensées pour le tramway ou l'élargissement du pont de Bellevue, on comprend que ce n’est finalement pas tant que ça », juge le président de l’association citoyenne.

Plus globalement, les Mobilitains souhaitent « favoriser le débat » et « susciter la réflexion des habitants » sur les transports. « La mobilité concerne tout le monde. Tout le monde peut s’y intéresser. Tout le monde peut avoir un avis », est convaincu Jeff Abrahamson.