Nantes : Malgré la nouvelle mezzanine de la gare, les habitués continuent de préférer le vieux tunnel

TRANSPORTS Un an après son ouverture, la passerelle-mezzanine est boudée par de nombreux voyageurs. Le passage souterrain, pourtant peu attrayant, est jugé plus rapide pour accéder aux quais

Frédéric Brenon
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Encore très fréquenté, le tunnel de la gare de Nantes va faire l'objet d'une réhabilitation en 2022.
Encore très fréquenté, le tunnel de la gare de Nantes va faire l'objet d'une réhabilitation en 2022. — F.Brenon/20Minutes
  • L'extension de la gare de Nantes avait été livrée fin novembre 2020.
  • Le chantier, chiffré à 132 millions d'euros, consistait principalement à créer une passerelle-mezzanine au-dessus des voies.
  • L'ancien tunnel, qui a été conservé, reste très fréquenté aujourd'hui encore.

Elle brille de mille feux, dispose de boutiques, d’un mobilier confortable et d’une vue panoramique sur la ville. Pour autant, quinze mois après son ouverture au grand public, la passerelle-mezzanine de la gare de Nantes reste boudée par de nombreux usagers du train. Les voyageurs réguliers, mais également certains occasionnels, lui préfèrent l’ancien tunnel un peu vétuste pour accéder aux quais.

Il n’y a qu’à voir l’affluence du souterrain aux heures de pointe pour comprendre la situation. Chaque soir, plutôt que de patienter au chaud à l’étage, des groupes se forment devant des écrans exposés aux vents, prêts à s’engouffrer dans le tunnel dès l’affichage des voies. « Honnêtement, je ne vais jamais en haut. Je sais qu’il y a cette mezzanine, qu’il y a des magasins, mais je ne vois pas l’intérêt d’y monter pour redescendre », raconte Sarah, qui prend le TER matin et soir.

Chaque soir, des voyageurs attendent en extérieur l'affichage des voies afin de s'engouffrer dans le tunnel.
Chaque soir, des voyageurs attendent en extérieur l'affichage des voies afin de s'engouffrer dans le tunnel. - F.Brenon/20Minutes

« J’ai fait l’essai plusieurs fois, ça va plus vite »

Certains voyageurs expliquent qu’ils ont du mal à changer leurs habitudes. D’autres jugent le tunnel plus pratique avec une trottinette à la main et, a fortiori, un vélo. Mais la majorité de ces récalcitrants rapportent que le passage sous les voies reste le plus rapide pour grimper dans son train. « J’ai fait l’essai plusieurs fois, assure Sofiane. A l’entrée nord comme à l’entrée sud, ça va plus vite de prendre le tunnel que de passer par l’étage avec deux escalators à se coltiner. Et comme je suis souvent à la minute près… » « Ça ne se joue pas à grand-chose mais, oui, c’est plus rapide », confirme Jean-Luc, habitué des allers-retours Nantes-Paris.

Dans la mezzanine, certains commerçants (pas tous) déplorent cette résistance. « Il y a toujours un pic de fréquentation avec les trains de Paris mais, sinon, c’est calme ici. Un peu trop même. Quand on voit le monde qu’il y a en bas c’est un peu dommage », regrette-t-on à l’enseigne d’accessoires de mode Parfois. « Plus d'un an après notre installation, il y a encore des habitués de la gare qui nous découvrent. Il n’y a pas assez d’affichage en bas pour alerter les gens de ce qui est proposé en haut. Je pense qu’on perd beaucoup de clients comme ça », considère Vanessa, responsable adjointe de l’épicerie La Cuisine de Brison.

Des travaux du sol au plafond

Du côté de SNCF Gares & Connexions, gestionnaire de la gare de Nantes, on confirme le succès persistant du souterrain. « On s’y attendait un peu, les habitudes sont longues à se défaire », analyse Gaëlle Le Roux, directrice régionale des gares des Pays-de-la-Loire, Bretagne et Centre-Val-de-Loire. La situation ne serait toutefois pas un problème. « La fréquentation de la gare est très importante et en progrès. Y compris dans la mezzanine qui a d’autres fonctions que le seul accès aux quais. Les flux, qui étaient concentrés dans le tunnel, se répartissent désormais. On ne connaît d’ailleurs plus les moments d’engorgement qu’on pouvait avoir les années précédentes. »

Les commerçants en mal de clientèle sont invités à se montrer patients. « C’est une gare qui est jeune, il faut lui donner du temps. L’activité a aussi démarré en pleine pandémie », insiste Gaëlle Le Roux. L’ouverture d’un restaurant-concept haut de gamme d’ici à l’automne devrait permettre d’attirer un « nouveau public » à l’étage.

Signe qu’il compte aux yeux de SNCF Gares & Connexions, le tunnel, lui, va faire l’objet de travaux de modernisation entre 2022 et 2023. Eclairage, électricité, signalisation, décoration… Tout doit être refait « du sol au plafond » pour proposer un « cheminement qualitatif au niveau de la gare ». « Il y en avait besoin », reconnaît la directrice régionale.