Les femmes et les enfants d'abord

Antoine Gazeau Photos : jean-Sébastien evrard

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« Sur terre, chaque minute, une femme meurt de sa grossesse. » On le confondrait avec Yann Arthus-Bertrand s'il ne parlait pas aussitôt sang, chair et muqueuses. Le Pr Henri-Jean Philippe, 54 ans, n'est pas un poète. Mais son phrasé d'enfant peu assuré atténue la crudité des mots. Sa détermination aussi : si l'obstétricien qui dirige le service maternité du CHU de Nantes préside aussi Gynécologie sans frontières (GSF) depuis 1999, c'est parce que souvent, « en cas de catastrophe ou de guerre, les femmes et les enfants trinquent ».

Pour eux, il a fait de sa vie un combat. Il revient de Bujumbura (Burundi), où il inaugurait un centre de traitement des fistules vésico-vaginales. En grande pompe, entre des ministres et la première dame burundaise. « C'est très important en termes de santé publique : ici, 30 % des femmes atteintes sont répudiées par leur mari, leur famille, leur communauté. » En coupant le ruban, Henri-Jean s'est souvenu de son expérience malienne, il y a vingt-cinq ans. « J'opérais, les femmes repartaient, point. Je n'avais pas compris leurs souffrances. » Il a appris, comme à chacune de ses missions humanitaires. La première d'entre elles, forcément, l'a marqué. C'était en 1979, dans un camp de réfugiés cambodgiens. Le Nantais travaillait pour Médecin sans frontières : « Les viols, le ball-trap avec les nouveau-nés... J'ai côtoyé l'horreur. » Il a aussi découvert la « vraie médecine », celle où « si tu n'agis pas, le patient meurt ». Il a réitéré plus tard au Kosovo, en Albanie, en Macédoine... Pas seulement lui : quelque 250 médecins partent régulièrement en mission avec GSF.

Philanthrope, Henri-Jean ? Assurément, doué d'une vision rare. « Un militant de la cause des femmes », résume Jacques Auxiette, président de la région qui le soutient sur le dossier burundais. « Beaucoup de maladies sont liées au genre », rappelle l'autre « french doctor ». Il évoque les « droits universels », dénonce l'excision, pense aux violences conjugales, aux grossesses des mineures, à tout ce qui revêt une dimension sociale forte. A l'étranger ou non...

A la fac de Nantes, le chirurgien insiste sur cette dimension « santé publique » du métier. Les 11 et 12 juin, il animera même un congrès sur le thème à Nantes. « Les médecins doivent apprendre, par exemple, à mieux soigner les prostituées, dont les maux sont sociétaux : à défaut, incomprises, elles n'iront plus les voir. » W